Eléments de conversation pour briller en société

Séduction et galanterie en période hostile : de l’intime au totalitaire (complet)

 

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   Séduction et galanterie en période hostile : de l’intime au totalitaire

 

  illustration: C. Meurisse, Savoir-vivre ou mourir

 

    La séduction a toujours eu mauvaise réputation 

   Le Séducteur est l’un des noms que l’Eglise a donné à Satan, coupable d’avoir     incité Eve à croquer la pomme . Elle a ainsi perverti son pauvre Adam et damné l’humanité entière, condamnée à travailler dans la peine et à accoucher dans la douleur.

Aujourd’hui, galanterie et séduction sont des relations abhorrées par des féministes telle Laure Murat qui définit la séduction de « cache-sexe de l’abus de pouvoir » et par bien d’autres, américaines ou françaises qu’on appellera vaguement néo féministes pour ne pas mettre le doigt dans le labyrinthe des dénominations et  les distinguer des féministes universalistes plus nuancées.  

La « galanterie française » est la première cible. Le dictionnaire de Furetière ( 1690 ) en donne pourtant une définition bien innocente : "Disposition à se montrer courtois envers les femmes, à les traiter avec déférence, à les entourer d'hommages respectueux, d'aimables prévenances."

Elle cacherait en vérité un abîme de mensonges et de cruauté. 

Que lui reproche-t-on ?

 

La galanterie est une forme d’esclavage …

 Elle marque « une domination particulière des hommes sur les femmes. » 

Simone de Beauvoir la dénonçait comme un héritage des sociétés patriarcales visant à maintenir la femme dans son état d'asservissement, sous le joug  du « modèle hétéronormé » maître-esclave.

Seule, la relation amoureuse/sexuelle gay ou lesbienne ou autre ( LGBTIQ+) échappe à ce destin.

Les féministes françaises comme Mona Ozouf,  Claude Habib, irène Théry défendent au contraire la différence des sexes, une mixité heureuse possible entre homme et femme. Elles sont à l’opposé du féminisme à l’américaine qui les a prises pour cibles.  

 

…elle développe un nationalisme arrogant…

 La galanterie relèverait du chauvinisme français, qui affirme ainsi son mépris des autres cultures. 

C’est l’accusation que porte l’américaine Joan Scott rejointe par l’anthropologue Mélanie Gourarier qui accuse les féministes françaises de xénophobie en créant de toute pièce  une  « masculinité civilisée », prétendument à l’œuvre dans la séduction,  qui incarnerait « la supériorité du modèle français opposée à une masculinité jugée barbare, reléguée de ce fait dans une altérité culturelle infériorisée. » En bref, « la séduction comme trait d’identité nationale française est un mythe » ( J. Scott , Libération, 26/01/2018), une « obsession nationale » ( Laure Murat).

 

La galanterie est dérisoire et de plus morte

 La galanterie  n’est qu’une pratique désuète et ridicule, limitée à des marques de civilité sans intérêt. 

Pour Michelle Perrot , c’est « une coquille vide. Ça va devenir simplement des mots, des gestes, des gestes de plus en plus superficiels » < Lieux de mémoire, France culture 1996 

« On vous ouvre la portière et on vous donne des fleurs : ce qui est toujours une manière de mettre les femmes de côté […] Il faut déconstruire ce type de chose. » [2]. 

 Et Michelle Perrot d’ironiser sur cette « douce et plaisante histoire »  qui ignore les affrontements entre les sexes  (<Le Débat, n°87). 

 

… et même elle n’a jamais existé

« C’est un mythe, intéressant, brillant. » !Michelle Perrot [1]. Mélanie Gourarier renchérit :   « Le modèle glorifié [Une masculinité civilisée ] dont on s’inquiète qu’il disparaisse,  n’a en fait jamais existé.  L’invocation de ce passé idéalisé permet surtout de maintenir l’ordre social actuel. La masculinité hégémonique ne disparaît donc pas , elle change de visage pour mieux s’accorder à la modernité. » (< l’Obs Hors-série, Peut-on échapper à la domination masculine ?)

 

En conséquence, réelle ou pas, peu importe, la galanterie doit être éliminée

 Gisèle Halimi : « Il faut éliminer purement et simplement la galanterie en ce qu’elle recouvre une approche dominatrice de l’homme ! 

 L’acte d’accusation est massif et un peu encombré 

On pense  alors au  « chaudron troué », ce passage de Freud dans « Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient » où Freud résume un rêve dans lequel un individu emprunte un chaudron et le rend troué. Il se défend ainsi : “Premièrement je n'ai absolument pas emprunté de chaudron; deuxièmement le chaudron avait déjà un trou lorsque je l'ai reçu ; troisièmement j’ai rendu le chaudron intact ».

Le rêve ne pratique pas la cohérence des choix mais use de la juxtaposition, sans souci de la cohérence. 

Il en est ainsi du raisonnement sur le chaudron, comme de l’argumentaire sur la galanterie  qui ne craint pas l’incohérence : elle n’existe plus ; elle n’a jamais existé ; elle est insignifiante ; mais elle manifeste une oppression intolérable sur les femmes et un chauvinisme exacerbé.

 Mais quel cauchemar hante donc les détracteurs de la galanterie « à la française » ?

La galanterie française passée ainsi à la moulinette idéologique mérite maintenant d’être considérée dans sa réalité historique.

 

La galanterie dans l’Histoire

Michelle Perrot qui a dirigé l’Histoire des femmes sait pertinemment que la galanterie  s’est manifestée en France au cours des siècles classiques. Mais le poids de l’idéologie est tel aujourd’hui qu’il ne doit pas être bon de le rappeler.

 

En toile de fond :  la brutalité et le viol

 On ne peut apprécier le développement des relations entre hommes et femmes aux XVII-XVIIIème siècles, qui touche essentiellement les classes privilégiées, sans parler de la réalité quotidienne vécue par les femmes sans défense – c’est-à-dire sans famille puissante, aristocratique de préférence. La femme seule, célibataire, veuve, la servante, la femme du peuple même mariée  est une proie habituelle pour tous les prédateurs.  En voici quelques exemples.

Samuel Pepys nous a laissé un Journal de sa vie à  Londres au XVIIème s. Il avoue ne pouvoir s’empêcher de glisser sa main dans un corsage ou sous la jupe d’une cabaretière ou d’une femme de chambre.  Bien peu de femmes protestent devant des gestes qui devaient faire partie de leur quotidien   <Histoire de la vie privée, tome 4, chap. 3.

Georges Vigarello ouvre son livre  Le Viol, XVIè-XXè s. par une anecdote. A la fin du XVIIIè s., Jean-Louis Ménétra, vitrier consigne dans son Journal un moment, qu’il juge plaisant, d’une promenade avec un ami en 1760. 

Dans le bois de Vincennes, ils découvrent un couple « en train de bien faire » écrit Ménétra. Ils se moquent des amants puis jugent « insolents » les propos du jeune homme, se saisissent de son épée et  l’un après l’autre violent la jeune femme « à qui nous ne donnâmes point le temps de se remettre ». Cet épisode offert à la lecture, sans doute avec une satisfaction certaine, sans le moindre soupçon de culpabilité. 

Aucune plainte n’a été déposée par la jeune femme. A quoi bon ? Le viol est considéré comme une sexualité de compensation pour des jeunes gens qui n’ont pas les moyens de se marier. 

Dans la hiérarchie des craintes populaires, le vol des biens tient le premier rang jusqu’au milieu du XIXème s. Le viol est ainsi une violence comme une autre, qui n’entraîne pas nécessairement la mort. 

Une violence presque négligeable, d’autant plus que la femme-qui-se-prétend-violée est généralement considérée comme consentante. C’est d’ailleurs ce que dit son amant qu’elle a l’audace d’accuser.

Sur ce point, Rousseau est clair : « la nature a pourvu le plus faible d’autant de force qu’il en faut pour résister quand il lui plaît » (Emile, livre V, p. 468 éd Garnier-Flammarion).« C’est, ajoute-t-il, la « ruse » féminine qui la pousse à se refuser pour mieux s’abandonner ensuite et donner à l’homme le sentiment bien viril d’avoir emporté la victoire. 

Le droit condamne la violence, mais les juges comprennent, sans la justifier, cette violence quotidienne qui naît à tout propos. Ils sont accablés par « le grand nombre de coupables qu’il faudrait punir » (Traité de la justice criminelle, 1752). 

Telle est la situation qui règne depuis des siècles.  Pour plus d’informations, lire Histoire du viol, XVI-XXème s. de Georges Vigarello ou consulter « Le viol, entre la coutume et la loi » sur le site  http://midsky.canalblog.com/archives/2020/05/24/38318271.html

 

Un état d’esprit très machiste

 Rappelons tout d’abord un certain état d’esprit qui traverse le XVIIème s. siècle. Les guerres civiles se terminent avec l’Édit de Nantes et l’avènement d’Henri IV. Mais le roi, comme les Gascons qui l’accompagnent, ont des manières un peu rudes.  Les spectacles sont forts en goût : dans un ballet, un ramoneur, joué par un gentilhomme, chante : 

« Recevez-moi chez vous, / J’y trouverai peut-être/ Quelques trous à boucher. » Et la Cour rit, comme le roi, la reine et le petit prince… 

Tallemant des Réaux rapporte cette anecdote : le duc de Candale ayant trouvé un jour un de ses soldats « couché avec une garce dans la Place Royale », lui proposa un écu d’or s’il voulait « la baiser le lendemain, en plein midi ». 

Ce qui fut fait. Candale et ses amis prirent soin de faire grand bruit et « toutes les dames mirent la tête à la fenêtre et virent ce beau spectacle ». 

C’est dire qu’une grande liberté de mœurs régnait pour la joie de tous, sauf des femmes violentées.

 

Malgré tout, une évolution lente commence

C’est à Paris, au cours du XVIIè s, que les règles vont peu à peu changer dans les salons souvent tenus par des épouses à qui certains maris laissaient cette liberté, ou par de riches veuves qui ne devaient rendre compte à personne. Les hommes plus intéressés par les activités de prédation -chasse, guerre, copulation rapide-  n’avaient aucune considération pour les plaisirs de l’esprit, qu’ils laissaient donc au sexe faible.

Mme de Rambouillet créa le premier salon dans son hôtel en 1608 et  réunit autour d’elle un certain nombre de romanciers, poètes, dramaturges.  On y parlait littérature, on faisait des vers, on analysait les sentiments amoureux avec obstination,  on surveillait son langage et son attitude, par réaction envers les usages de l’époque précédente.

Les salons devinrent à la mode et profitèrent de l’éclipse de la cour de Louis XIII, roi falot qui n’éprouvait pas de goût pour les femmes. 

Ainsi, dans cette ambiance nouvelle, à  l’automne 1636, trois jeunes soldats, les frères Arnauld, connus pour leurs débordements pénètrent dans Paris. Ils participent au siège de Corbie et ont  obtenu une permission de trois jours. Sans doute ont-ils passé un temps dans un des nombreux bordels de la capitale. Mais ils ne s’y attardent pas et se rendent dans le salon de l’Hôtel de Rambouillet. Les dames leur demandent de jouer dans la tragédie de Mairet, Sophonisbe. Ils reviendront, chacun  ayant appris son rôle par cœur, alors que ces dames jouent en lisant le livre à la main ! Ils partiront dans la nuit rejoindre le champ de bataille.      <  Claude Dulong 

Bref, dans un milieu limité et privilégié, les relations changeaient, insensiblement.

 

Point nodal : le plaisir de la mixité

 Pour le dire vite (mais pourquoi s’interdirait-on d’être aussi brutes que les contempteurs de la galanterie française ?), hommes et femmes vivent ensemble. 

A Joan Scott qui affirmait dans Libération, le 26 janvier 2018  : « La séduction comme trait d’identité national français est un mythe », Huet répondait quatre siècles plus tôt, dans son Traité de l’origine des romans, 1670 : «  La politesse de notre galanterie vient, à mon avis, de la grande liberté dans laquelle les hommes vivent avec les femmes. Elles sont presque recluses en Italie et en Espagne et sont séparées par tant d’obstacles qu’on ne leur parle presque jamais : de sorte qu’on a négliger de les cajoler agréablement parce que les occasions en étaient rares ». 

De même, vers 1650 , le futur abbé Arnauld, ayant assisté à une fête en Italie chez le duc de Parme raconte : « Toutes les femmes y étaient assises comme au sermon [chacune ayant sous les pieds un chauffoir] pour se garantir du froid qui était alors fort vif.. On était là dans un grand silence, occupés à écouter toutes sortes de musiciens et d’instruments, qui auraient assurément donné plus de plaisir à l’assemblée si l’honnête liberté des hommes avec les femmes y eut mêlé quelque conversation ».

David Hume (1711-1776) se promène  dans Paris et constate avec étonnement   qu’hommes et femmes se côtoient dans les rues, les ateliers et les salons. 

En effet, la France affectionne la société « mêlée » des salons qui inventent un « territoire commun aux hommes et aux femmes » (Mona Ozouf). 

« Dans ce commerce de l’esprit  qui valorise l’échange piquant et les sous-entendus, précise Emmanuelle Retaillaud, (Historienne, Tours) les deux sexes peuvent faire jeu égal. Cette culture salonnière donne aux  femmes privilégiées de l’époque une liberté et un pouvoir qui n’existent pas à ce degré dans d’autres pays. »[3]. 

 

La galanterie récupérée par le pouvoir

Ce succès ne laisse pas Louis XIV indifférent  La galanterie est un élément de la propagande royale, le « soft power de la monarchie » selon le mot de Claude Habib.    [4]

La première revue française financée par le trésor royal prendra le nom du messager des dieux, Mercure,  avec le qualificatif désormais à la mode : Le Mercure galant sera édité pendant un demi-siècle.

 

Quand le geste cède la place à la parole

 Les hommes tâchaient de plaire aux femmes sans les coincer contre un mur, mais en étant galant. Galanterie se manifestait d’abord par la retenue de gestes désormais considérés comme « inappropriés » et par le goût de la conversation. Les femmes, à commencer par les Précieuses avaient séduit les hommes en les menant sur le terrain qu’elles dominaient. 

« On dit que l’homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paraît qu’un Français est plus homme qu’un autre : c’est l’homme par excellence car il semble être fait uniquement pour la société ». Ainsi s’exprime le Persan de Montesquieu (Lettre 87). < Benedetta Craveri

 

De la parole avant toute chose

 Au début du XVIIème s., deux romans ouvrent une voie nouvelle.

En 1623 , paraît l’Histoire comique de Francion de Charles Sorel. Nous retiendrons de ce roman la querelle qui oppose Francion à son ami Raymond, l’organisateur d’une fête libertine qui « ne parle que de foutre » et ne comprend pas que Francion le querelle sur son vocabulaire jugé grossier alors qu’il trouve légitime de « foutre en toute liberté ». Francion pense au contraire que le langage dont on use ne doit pas être vulgaire, que les mots doivent révéler la qualité des hommes qui se distinguent ainsi des brutes. 

En bref, faire l’amour, c’est s’engager à la fois par le corps et par l’esprit, et le langage pense et dit cette union. [5]

L’Ecole des filles  ou la philosophie des dames, est un roman anonyme paru en 1655. C’est l’un des premiers ouvrages érotiques de cette période classique, précédant d’un siècle la large production du XVIIIème s.

Deux cousines, Suzanne et Fanchon, parlent librement. La première répond aux inquiétudes très précisément formulées par la seconde pour la rassurer et l’informer des bonnes pratiques sexuelles aptes à donner du plaisir et  à en ressentir. 

Suzanne apprend ainsi à Fanchon qu’il y a « cent mille désirs en amour qui précèdent la conclusion [qu’il faut] goûter en leur temps avec loisir et attention ». Jolie définition des préliminaires amoureux. 

Suzanne insiste sur le discours amoureux, dans un cours aisé à comprendre par sa jeune et curieuse cousine : « […] tandis qu’il remuera sur toi, dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte […]. Appelle-le ton cœur, ton âme et ta vie. Dis-lui que tu es bien aise et applique tout ton esprit à la pensée de votre besogne ». Et elle lui conseille de moduler sa voix : il y a des « hélas ou ah  qui sont faits si à propos qu’ils percent l’âme de douceur […] car nous faisons ceci, non pas comme les bêtes par brutalité et par nécessité, mais par amour et par connaissance de cause». 

 

Cours de pédagogie : la « manière jolie » de faire l’amour

 Et c’est ainsi que le mâle fut en la matière éduqué par les femmes . 

Laissant pour un temps la brutalité et son épée au fourreau, il apprit à faire de sa langue l’instrument de sa séduction. Ayant ainsi « débrutalisé » les hommes pour reprendre le néologisme de Mme de Rambouillet ( qui ne pensait pas à ces sortes de jeux), le soudard devient un galant homme.

Célébrons donc ces pédagogues et tout particulièrement Ninon de Lenclos. Ninon, prostituée dès son adolescence se hissa dans la hiérarchie de son métier et  devint, par son charme et son intelligence,  un modèle pour la bonne société.  

Le comte de Chavagnac écrit dans ses Mémoires: « Quand quelqu’un de la Cour avait un fils qui n’était pas dégourdi, on l’envoyait à son école. Son éducation était si excellente qu’on faisait bien la différence […]. Elle leur apprenait à faire l’amour, la délicatesse de l’expression, la manière jolie ; […] en peu de temps elle le rendait honnête homme ».

Comprenons que ces jeunots pas « dégourdis » manquaient de civilité –les prostituées ou les amies de la famille assuraient le polissage du physiologique Quant à l’expression « faire l’amour », elle recouvre deux domaines, le premier assumé par les susdites, le second désigne l’ensemble des attitudes, des paroles qu’une femme était désormais en droit d’attendre d’un homme attentionné qui lui faisait la cour. 

C’était le domaine pédagogique de Ninon de Lenclos.

Elle y excelle à tel point que la belle-sœur de Louis XIV,  La Palatine, duchesse d’Orléans,  pourtant imbue de son rang- souhaite que son fils, le duc de Chartres, « l’allât voir plus souvent et la fréquentât de préférence à ses bons amis. Elle lui inspirerait de meilleurs sentiments et plus nobles que ceux-ci ne font. […] Il n’y a point de plus honnête homme que Mlle de Lenclos ».  

Les curieux pourront consulter « Ninon de Lenclos dans son siècle, Plaisir et culture au féminin » sur le site  http://midsky.canalblog.com/pages/ninon-de-lenclos/36853873.html

 Il s’agit bien là de la mise en œuvre de la galanterie française !

 

PARLEZ -MOI  D’AMOUR

 « La violence est silencieuse » dit Georges Bataille et  la séduction s’exprime par le langage qui est « par définition, l'expression de l'homme civilisé » < G. Bataille, L’Erotisme.

  Parole et séduction  s’accordent s’il faut en croire ces quelques exemples : « Je ne sais comment faire quand vous parlez » dit Charlotte à Dom Juan.   Roxane, du haut de son balcon, la nuit tombée, apprécie  « cette occasion qui s’offre  de pouvoir / se parler doucemensans se voir » ( Cyrano de Bergerac, III,7)  Qu’est-ce donc qu’être galant ? :  le chevalier de Méré répond joliment : « Aujourd’hui, faire entendre à une inconnue l’impression qu’elle a causée … lui plaire en lui témoignant qu’elle plaît. » Discours des agréments.

Et, sur un autre continent, selon Malek Chebel, les femmes de Fès chantent : « Mon aimé m’a tuée par le regard. Que serait-ce  s’il ajoutait la parole ? »

Curieusement, au moment où Descartes lance la suprématie première du cogito, les salons découvrent autrui, le bonheur d’exister avec les autres et de recevoir d’eux compréhension et justification. Les femmes des salons seront au centre de cet  espace. Avant le Cogito il y  « Bonjour », disait en substance Emmanuel Lévinas.

 

Le jeu et l’égalité 

 La galanterie est donc un moment de l’histoire qui lie les hommes et les femmes. Ses règles ne changeaient certainement pas l’ordre social, mais favorisaient le jeu de la séduction que permet la mise en place du processus galant, qu’on résumera ainsi : promiscuité des hommes et des femmes, retenue des hommes qui ne font pas usage de la violence, adoption d’ un code amoureux (langage, gestuelle, etc.) propre à les faire estimer par leur partenaire, égalité apparente des participants. 

Dans ce milieu policé, l’exercice d’un pouvoir devient publiquement impossible.  « Par conséquent, le jaloux devient ridicule. Depuis le Moyen Âge, on riait du cocu ; à partir de Molière, c'est du misogyne Arnolphe qu'on se moque. Quand le galant homme est à l'honneur, l'homme possessif est mis au ban.» [6]

 Une polémique récente sur le terme de décivilisation utilisé par Emmanuel Macron nous permet de revenir à la source du terme et de voir l'importance de notre sujet.

Norbert Elias dans "La Civilisation des moeurs" , traduit dans les années 1970,  étudie la société de Cour -l'époque de la chevalerie-  et analyse une nouvelle forme d'intégration sociale qui " impose aux hommes une autodiscipline nouvelle, une retenue" qui ne laisse plus de place à l'exhibition des affects, ni surtout à la violence.  

 A l’opposé du héros cornélien, l’honnête homme, qui naît par la grâce de son hôtesse, abandonne l’épée pour la pointe assassine qui blesse mais  amuse, suscite la réplique et  le mot d’esprit. 

 

 Au coeur de l'intimité des relations amoureuses, la civilisation progresse.

 

Le ruissellement sentimental

Les manières de la Cour et de la grande bourgeoisie vont se diffuser dans la société.

La diffusion grandissante de manuels consacrés à l’art de la conversation, au savoir-vivre, à l’art de plaire, offraient des modèles de comportements, de discours à ceux qui aspiraient à imiter les usages du grand monde. Montesquieu y fait allusion dans les Lettres persanes ( lettre 54) <  Benedetta Craveri ( L’Age de la conversation, chap13)

En même temps que la société de Cour s’efface – et périt avec la Révolution- disparaît aussi le jeu volage de la séduction. Les amants sont désormais liés -romantisme oblige- par un amour unique, éternel, censé bouleverser leur être tout entier. Et la femme restera ficelée à son époux, cantonnée au domaine privé, conjugal et familial, où elle ne risquera pas d’être détournée de ses devoirs d’épouse et de mère.

Ce constat étant établi, il faut bien tenir compte d’une généralisation des relations sentimentales dans les couples des classes « inférieures ». Alain Corbin signale à ce propos  que les testaments se font de plus en plus au XIXème s. en faveur du conjoint survivant et non plus au profit de la famille d’origine de la personne décédée. 

La manière d’être aristocratique  se propage : « Dès la fin du XVIIIème siècle, au sein même du peuple se diffuse le langage de l’amour-passion ». L’analyse d’un corpus de correspondances intimes écrites au début du XIXème s. révèle « la violence du langage de la passion ». < Alain Corbin 

 Jean-Louis Flandrin signale dans Les Amours paysannes (XVIè-XVIIè siècle) que « l’amour paysan paraît avoir été parfois influencé par par la tradition courtoise, à preuve les mots » maîtresse » et « serviteur »  que l’on trouve dans plusieurs régions. » 

Par opposition, on peut rappeler ici un exemple littéraire : entre sa blessure qu’il sent mortelle (v. 2297) et son dernier souffle (v. 2397),  Roland (ou plutôt l’auteur inconnu de La Chanson de Roland) passe longuement en revue ses combats et ses amis, s'attendrit sur son épée mais n’a pas une seule pensée pour sa fiancée Aude.

 

Le désir de séduire

 Au XIXème s. , c’est dans le cadre d’un certain type de prostitution que se perçoit le désir d’un rapport affectif, même s’il est fantasmé. 

Dans la deuxième partie du XIXème s. apparaît la « maison de rendez-vous ». Contrairement aux bordels traditionnels qui occupent un immeuble entier, aux volets clos et marqués d’un lampe rouge ou d’un « gros numéro » au-dessus de la porte d’entrée, ce lieu est un appartement dans un quartier bourgeois où l’on ne trouve pas les pensionnaires nues qui défilent au milieu de la clientèle. L’endroit est discret, chic. La maîtresse de maison apparaît, présente une femme « bien sous tous rapports », comme le dit la formule traditionnelle, propose une tasse de thé. On bavarde un temps, on se donne le temps de la rencontre et  l’illusion de la séduction puis une chambre est mise à disposition du couple. 

Le préfet de police Lépine conseille à ses agents la plus grande discrétion : certaines des habituées de ces maisons peuvent être des bourgeoises en quête de nouvelles émotions. 

Le client peut dit-on y croiser sa maîtresse, sa femme ou sa fille… 

(On peut voir Belle de jour de Luis Buñuel (1967)

Dans la fréquentation des prostituées, le jeune homme, souvent un étudiant  infuse, sans y penser, un langage, une attitude que la prostituée peut « réutiliser »  avec d’autres clients, de même que ceux-ci apprendront à leur future épouse des pratiques dont elle ne dev(r)ait pas  avoir  idée. 

Trouble dans les rôles : la prostituée s’embourgeoise et la bourgeoise se dévergonde…

Le couple conjugal va peu à peu se faire plaisir, sans dédaigner les relations adultérines : la femme de l’autre est toujours plus désirable, mais il faut la séduire. De même l’épouse, à la faveur des terrasses très à la mode dans le Paris d’Haussmann ne déteste pas être courtisée dans ce nouvel espace urbain qui permet les rencontres plus ou moins fortuites. 

 Il faut évoquer ici un ouvrage curieux, au titre un peu niais, « Monsieur, Madame et Bébé », mais qui va droit au but. Gustave Droz s’adresse aux femmes : « Arrachez aux drôlesses le cœur de vos maris. Faites pour celui que vous aimez ce qu’elles font pour tout le monde ; ne vous contentez pas d’être vertueuses, soyez séduisantes […] Que de temps en temps, lorsque vous êtes ensemble, vous croyiez être en bonne fortune. »  

« En bonne fortune » : comprenons : « dans les bras de  votre amant. »

L’ouvrage a dû plaire puisqu’il a connu 121 rééditions entre 1866 et 1884. La séduction commence à devenir un jeu généralisé.

Ce succès a sans doute permis à la comtesse de Tramat d’écrire abruptement  en 1913 : « Une femme peut et doit être la maîtresse de son mari. » < Anne-Martin Fugier

La reconnaissance du plaisir féminin  accompagnait ces changements dans le couple. 

Pour plus d’information, lire les  670 pages de « L’Harmonie des plaisirs, Manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, d’Alain Corbin » ou consulter  Madame  a un orgasme avec Monsieur ! sur le site http://midsky.canalblog.com/archives/2020/04/07/38177095.html

 

Achevons cette randonnée sur le territoire de la séduction en rappelant le constat du  viol comme  mode de rapport naturel entre les sexes. La galanterie française et le désir de séduire ont joué leurs rôles pour que les mentalités et la législation changent peu à peu. N’en déplaise aux néofem’ !

 Pour avoir une idée plus précise des modes de rencontre et de séduction des jeunes gens aux siècles passés, lire  Les Amours paysannes de Jean-Louis Flandrin. 

 Ou consulter  « La rencontre : un bisou et plus si affinités » : http://midsky.canalblog.com/archives/2020/05/01/38251336.html

 

 

Séduction au féminin / séduction féministe ?

 Gisèle Halimi -peu suspecte de diffuser la domination masculiniste répond à Jacques Chancel au cours de l’émission Radioscopie en 1973 . Il lui demande : « Vous refusez la galanterie ?» 

Et s’attire cette réponse : « Moi je peux être galante avec vous sans que cela pose un problème [...]  Soyons galants tous les deux ou ne le soyons pas. » [7]

 Mais les paroles de Gisèle Halimi ne convainquent visiblement pas les néofem’ contemporaines qui se dressent comme une seule être humaine contre les propos qu’Irène Théry  tient en 2011 : « Le féminisme à la française » est « fait d’une certaine façon de vivre et pas seulement de ​penser, qui refuse les ​impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les ​plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés. » 

Les « plaisirs asymétriques » sont compris comme une preuve de la soumission à la domination masculine et non pas comme un jeu où chaque partenaire, conscient, consentant et désirant est tour à tour sujet producteur de désir et objet du désir de l’autre. Jeu du chat et de la souris, de la chatte et du souriceau : « La puissance des signes [de la séduction ], disait Baudrillard est dans leur apparition et dans leur disparition » 

Les partenaires jouent de leurs disparités : Jean-Pierre Winter, psychanalyste, refuse «  l’indifférenciation dans laquellle l’autre ne peut être reconnu comme différent et reconnu dans son altérité. Il faut que chacun accepte d’être un objet sexuel dans le fantasme de l’autre »  

 Les notions de maître et de dominé sont ici inopérants parce que la violence ne produit pas -sauf accord sado-maso préalable- le désir de l’autre. 

« Le sujet amoureux ne peut obtenir la reconnaissance que d’un autre sujet, mais qui abdique, comme lui-même, l’intention de dominer. »( P. Bourdieu, La Domination masculine, Post-scriptum). [8]

La séduction est un jeu, dispensateur de plaisir par définition. Et de plaisirs partagés qui ne se limitent pas à la question rhétorique : « Alors, ça t’a plu ? » Pour un approfondissement du sujet, consulter le site de Dora Moutot :  https://www.instagram.com/tasjoui/?hl=fr

 

C’est un exercice qui a du jeu, au sens mécanique où deux pièces travaillant de concert peuvent avoir entre elles un espace qui perturbe le résultat attendu. Ce qui est dommageable mécaniquement est agrément dans le domaine qui nous occupe, sans lequel tout serait déjà prévisible, donc sans liberté ni émotion.

 Cet espace  de la séduction à propos duquel Michelle Perrot ironisait en le décrivant comme une « douce et plaisante histoire », Pierre Bourdieu le prend au sérieux :  « Ce monde clos et parfaitement autarcique […] est le lieu d’une série continuée de miracles : celui de la non-violence, que rend possible l’instauration de relations fondées sur la pleine réciprocité et autorisant l’abandon et la remise de soi ; celui de la reconnaissance mutuelle ». <  La Domination masculine, Post-scriptum

 

A part les néof’, il est difficile d’ignorer la séduction et de la considérer comme toujours, systémiquement, dominée par la masculinité toxique. Sinon, ce serait affirmer l’absence totale de liberté des individus soumis au déterminisme patriarcal et comprendre l’échange amoureux/érotique hétérosexuel comme  la résultante d’une « miraculeuse convergence de désirs mutuels qui seraient toujours déjà là»  (Eric Fassin [9]) comme si les partenaires, fidèles au mythe platonicien de l’androgyne se retrouvaient,  vivaient un amour sans fin et avaient beaucoup d’enfants. 

Pour échapper à cet  happy end hollywoodien, Eric Fassin remplace la notion de domination par celle de pouvoir selon Michel Foucault, qui suppose que dans le champ public ou intime le pouvoir, au contraire de la violence induit, incite, détourne mais ne contraint pas : « le désir ne saurait être forcé. » Les sujets sont libres dans ce sens où leurs comportements ne sont pas déjà déterminés comme l’est celui de l’esclave face à son maître. Il est entendu que si la violence de la domination est une éventualité toujours menaçante, la séduction comme tension entre liberté et pouvoir est rendue  possible.  <Au-delà du consentement : pour une théorie féministe de la séduction »

 

Sexe, genre, pouvoir

 Ouf ! Tout ça pour ça ! 

Pour dire que la galanterie a bien existé en France et que la séduction est possible entre deux individus consentants, y compris un homme et une femme. 

D’où cette question à laquelle on ne peut échapper : pourquoi tout ce barouf autour de la séduction ? En quoi cette pratique sociale a-t-elle pu exciter l’indignation des néo-féministes ?

Laissons de côté pour le moment les emportements contre le supposé nationalisme de la dénomination : « galanterie (à la) française » ; ou les accusations d’islamophobie lancées par Joan Scott. [10]. Ce point relève en vérité d’un autre débat.

Il n’en reste pas moins que ces roucoulements amoureux pourraient bien perturber la construction idéologique  néo-féministe. 

 

Si le sexe relève d’une donnée naturelle – qui est remise en question aujourd’hui- le genre est un système social  construit qui impose des rôles jugés « normaux » pour les hommes ou pour les femmes. Les premiers seraient plus aptes à ceci ou cela, les secondes auraient des talents différents, socialement moins considérés. Au final, nul besoin d’entrer dans des détails bien connus aujourd’hui, les hommes ont un statut privilégié que des générations de militantes et de militants féministes tentent de réduire.

Ce pouvoir masculin se fonderait dans les démocraties occidentales, selon  Carol Pateman, sur la notion de contrat social qui, en dépit de son caractère universel fait de la femme un individu de seconde zone relégué à la sphère privée, domestique alors que les hommes peuvent avoir accès à la charge des affaires qui caractérisent la sphère publique.

Il importe donc de dénoncer ce « contrat sexuel » ( Carol Pateman) qui explique que « le privé est politique. »

 

La séduction, comme menace pour l’idéologie  patriarcale ?

Mais il reste un domaine où les relations hommes-femmes se vivent comme si les partenaires étaient seuls au monde, indifférents à l’éternelle duplicité de la société patriarcale. D’où les tentatives d’ironie sur la galanterie qui « dissimule l’inégalité sous les fleurs » ( Michelle Perrot). Ironie qui tente de masquer les fissures de la  construction bétonnée du « tout est politique ».

Ainsi se lézardent les théories du « tout est politique » et de la domination masculine tous azimuts. Les termes utilisés par les militantes qui suivent pointent bien l’enjeu au cœur de la discussion.

Mélanie Gourarier ( anthropologue, CNRS) soulignait clairement les motifs de la condamnation : « L’intime permet de rendre INVISIBLES les logiques de domination. »  

Et Joan Scott dénonce les féministes françaises  qui « placent les relations entre les sexes hors du champ politique, dans le domaine éthéré́ des mœurs, ce qui rend « OPAQUES, en les voilant de rose, les problèmes créés par un rapport de force inégal. »

De même, Mona Chollet met en garde contre les illusions des amoureux qui vont subir immanquablement « la contre-révolution amoureuse, c’est -à-dire […] un redoublement de leurs conditionnements de genre respectif, que le coup de foudre avait temporairement DISSOUS»( p 199) et cite Carol Gilligan qui «nous invite à lutter activement contre les effets du patriarcat au plus profond de nous au lieu de nous en remettre à la rencontre amoureuse pour nous en délivrer de façon temporaire et ILLUSOIRE. » (p 201). 

 

Hétéro salauds, société complice !

La rencontre amoureuse est bien au centre de l’irritation néof’. Et au centre du centre, le cœur de cible est le couple hétérosexuel.

Mélanie Gourarier, toujours  assurée :  « Aucun espace de la vie hétérosexuelle n’échappe aux rapports de domination ».  Il semble clair que pour les féministes radicales, il n’y a jamais eu de problème dans les couples homosexuels, lesbiens, non-binaires, queer, etc. Le sous-titre de l’essai de Mona Chollet,  Réinventer l’amour, a le mérite d’être explicite et de ne pas laisser de doute sur les coupables : « Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles. »  Dès le prologue, on sent que la nuance est de rigueur. Le couple hétéro «classique »  se présente comme suit : « D’un côté une créature sentimentale et dépendante, aux demandes tyranniques qui surinvestit la sphère affective et amoureuse et de l’autre,  un escogriffe mutique et mal dégrossi, barricadé dans l’illusion d’une autonomie farouche […]. »

« La perversité de nos sociétés est de nous bombarder d’injonctions à l’hétérosexualité tout en éduquant et en socialisant méthodiquement les hommes et les femmes de façon qu’ils soient incapables de s’entendre ». ( p. 15)

 

Coupables, à jamais

Les néo-féministes, toujours sourcilleuses, s’insurgent de ce qu’elles appellent le sexisme bienveillant. Il s’agit d’un ensemble de manœuvres hypocrites menées par des hommes qui entendent ainsi conforter leur pouvoir. Ainsi toute aide apportée à une femme est vue comme une manifestation de supériorité masculine ; tout compliment manifeste une tentative de drague lourdingue qui pourrait bien frôler le harcèlement. Et la séduction est ainsi exécutée en deux mots.

Mona Chollet ,  envisage un cas mentionné par deux sociologues US, selon lesquels si « une femme tombe sur un homme qui est réellement prêt à vivre une relation égalitaire, elle lui sera toujours structurellement subordonnée » tant elle sera subjuguée d’être courtisée par un homme aux qualités si rares (p.76). Coupable et perfide, le mâle qui se laisse aller à manifester de l’émotion puisque, pour Mélanie Gourarier dont l’avis péremptoire mérite d’être répété : « Aucun espace de la vie hétérosexuelle n’échappe aux rapport de domination ».

 Comme elle s’aperçoit que l’affirmation est un peu sèche, elle se reprend par une lapalissade : « Certes, l’homosexualité n’échappe pas non plus aux rapports de pouvoir, mais en l’absence de la dissymétrie homme-femme, les inégalités tiennent à la race, l’âge ou la classe ». D’où on conclut qu’un couple homosexuel de même couleur, de même âge, ayant le même salaire et statut social mène une vie paradisiaque qui échappe à toutes les damnations sociales. 

 

La nouvelle sorcière : le MOB ( mâle occidental blanc)

Et pour clore le bétonnage de la théorie patriarcale, on citera un article du magazine Elle publié le 22 avril 2022) clairement intitulé : « Homme déconstruit : Si on se considère comme tel, c’est très clairement qu’on ne l’est pas. » 

En effet,  pour Illana Weizman,  que des hommes s’estiment « déconstruits » pose en réalité un problème structurel car « ils pensent qu’ils n’ont plus aucun effort à faire ». « Se voir comme quelqu’un de déconstruit n’est pas un totem d’immunité ! Il faut toujours être dans la vision critique de ses propres comportements. Se considérer comme tel, c’est ne pas travailler à plus d’égalité, c’est au contraire perpétuer les inégalités et la domination des hommes sur les femmes.»

Ces considération sur la culpabilité masculine, qui font de l’hétérosexuel le coupable par essence,   rappelle la notion de « fragilité blanche » véhiculé par Robin de Angelo.  Il s’agit d’un « mécanisme de défense ou de déni qui permet de détourner la conversation, empêchant d’identifier le racisme systématique qui persiste dans nos sociétés. Et donc de le combattre. » selon la quatrième de couverture. 

En clair, celui qui est accusé de racisme a beau dire qu’il ne l’est pas, que rien dans son attitude ou ses paroles ne permet de fonder une telle accusation, sa protestation ne fait que révéler la « panique morale » qui l’atteint et convainc ses détracteurs  de sa culpabilité.

Un mot pour dire que ce rapprochement n’est pas innocent : le féminisme contemporain, au nom de l’intersectionnalité (Kimberlé Crenshaw) est la dernière branche du triptyque racisme-injustice sociale- féminisme quand je dis « dernière », je veux dire que c’est la moins importante des trois  discriminations. Pour s’en convaincre, voir les exemples donnés dans l’article  « Adieu le féminisme. Chronique d’un suicide programmé » sur le site  http://midsky.canalblog.com/archives/2021/06/07/39005766.html

 

 Culpabilité masculine, culpabilité blanche : on est un mâle toxique ou un Blanc raciste, sans même en être conscient : c’est là la virtuosité de la conception systémique qui interdit toute défense. 

Vieux système judiciaire qui existe depuis le Moyen Age et évoque le « Malleus Maleficarum » (= Marteau [pour écraser] les sorcières], traité de 538 pages, complet et efficace, publié par deux dominicains Heinrich Institoris et Jacques Sprenger à la fin du XVème s.  et destiné à aider les inquisiteurs dans leur chasse.  

Voici une esquisse de la méthode :

"On interroge l’accusé pour savoir s’il croit qu’existent les sorcières et que sont possibles les choses que l’on raconte».  « Noter que les sorcières en général nient de prime abord, mais le soupçon en est plus fort […] »

S’ils nient , on les interroge de cette façon :  « Ainsi, là où on brûle des sorcières, [l’Église] condamne des innocents ? »  Comment l’accusé peut-il répondre sans remettre en cause l’autorité qui le juge?

Il est cuit ! Être d’accord, c’est avouer, nier c’est être coupable.

Idem pour le mâle féministe ou le Blanc anti-raciste. Avec des conséquences moindres… jusqu’ici  tout va bien ! à condition de ne pas parler des menaces, de la censure, des conférences qui déplaisent et sont interdites dans l’enceinte même de l’Université…

On a bien compris que nous sommes en présence d’une théorie qui construit une vision du monde et dépasse largement le sujet galanterie-séduction.

Les derniers « grands récits » comme disait Lyotard,   tels le fasciste et le communiste) ayant péri  - dans le sang  leurs adversaires– les théoriciens de ce siècle entendent, comme leurs précurseurs, créer un homme nouveau.

Pour cela, ils entendent  légiférer sur la sexualité, les relations hommes-femmes, les rapports sociaux, les identités sexuelles et raciales. (On notera  à ce propos que le terme « race » ne se trouvait plus que sous la plume des racistes et a pris une nouvelle vigueur avec la nouvelle idéologie). Aucun domaine du réel ne doit échapper à leur vigilance : ils entendent « sonder les cœurs et les reins , à l’ancienne : « Moi, l'Éternel, j'éprouve le cœur, je sonde les reins, Pour rendre à chacun selon ses voies, Selon le fruit de ses œuvres. »  (Bible, Jérémie 17 ;10) 

Ils comprennent la nuance et la discussion  avec la même rage que  fascisme et communisme. Leur théorie est aussi bien verrouillée que celle de l’inquisition.

Karl Popper disait qu’une théorie qui ne peut être contestée n’est pas scientifique. On peut ajouter qu’elle est totalitaire.

Big Brother a de beaux jours devant lui ! 

 

 

REFERENCES

 

Articles du site midsky@canalblog.com

 « Le viol entre la coutume et la loi » 

http://midsky.canalblog.com/archives/2020/05/24/38318271.html

 

« Ninon de Lenclos dans son siècle, Plaisir et culture au féminin »

 http://midsky.canalblog.com/pages/ninon-de-lenclos/36853873.html

 

« Le monde de la prostitution » 

http://midsky.canalblog.com/archives/2020/02/15/38026126.html

 

« La rencontre : un bisou et plus si affinités »  http://midsky.canalblog.com/archives/2020/05/01/38251336.html

 

« Une vie conjugale sexuellement bien réglementée » http://midsky.canalblog.com/archives/2020/03/17/38108045.html

 

« Ça alors ! Madame a un orgasme avec Monsieur ! »  

   http://midsky.canalblog.com/archives/2020/04/07/38177095.html

 

« Adieu le féminisme. Chronique d’un suicide programmé » sur le site http://midsky.canalblog.com/archives/2021/06/07/39005766.html

 

Sites internet

[1]. https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-galanterie-depuis-le-xviie-siecle-cadeau-empoisonne-ou-vraie-humiliation-5427139

 

[2] https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-galanterie-depuis-le-xviie-siecle-cadeau-empoisonne-ou-vraie-humiliation-5427139

 

[3]. https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/01/la-galanterie-un-mythe-national_5250433_3232.html

 

[4]. https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/claude-habib-la-galanterie-envers-du-harcelement-06-11-2017-2170185_1913.php

 

[5]. https://fr.wikisource.org/wiki/La_Vraie_Histoire_comique_de_Francion/Texte_entier

 

[6] https://www.revuedesdeuxmondes.fr/claude-habib-galanterie-etait-soft-power-de-monarchie-francaise/

[7] https://www.telerama.fr/radio/podcasts-de-choix-gisele-halimi-la-feministe-galante,130400.php

 

[8] P. Bourdieu, La Domination masculine, Post-scriptum.  https://jugurtha.noblogs.org/files/2018/02/la_domination_masculine_Bourdieu.pdf

 

[9] Eric Fassin. « Au-delà du consentement : pour une théorie féministe de la séduction » Raisons politiques 2012/2 (n° 46), Éditions Presses de Sciences Po 

https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2012-2-page-47.htm

[10] < https://www.liberation.fr/debats/2018/01/26/joan-scott-la-seduction-comme-trait-d-identite-nationale-francaise-est-un-mythe_1625437/

 

Lecture

 

Laure Murat  Une révolution sexuelle ? (Stock,2018)

Gisèle Halimi.  La cause des femmes, 1973

Georges Vigarello   Histoire du viol, XVI-XXème s.  

Claude Dulong  L’amour au XVIIème s., Hachette, 1969

René Bray   La préciosité et les précieux, Albin Michel, 1948

Benedetta Craveri, L’Age de la conversation, Gallimard, 2001)

Alain Corbin  Histoire de la vie privée, tome 4, p.482.

Alain Corbin, La fascination de l’adultère in Amour et sexualité en Occident.

Philippe Ariès et Georges Duby, Histoire de la vie privée, tome 4.

Anne-Martin Fugier, La Bourgeoise

Alain Corbin   L’Harmonie des plaisirs, Manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie

Baudrillard De la séduction p. 129

Jean-Pierre Winter. Revue Causeur « L’amour après Weinstein »

Mélanie Gourarier. hors-série de l’Obs  « Peut-on échapper à la domination masculine ?

 

 

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le bibliothécaire

La culture, dit-on, c'est comme la confiture:

moins on en a plus on l'étale !

 

S'il vous est déjà arrivé, dans un bar, au bureau, dans un salon  ou ailleurs, de rester le nez dans votre verre, dans un dossier, de fixer soigneusement vos chaussures, de pianoter fébrilement sur votre téléphone comme si un message urgentissime vous empêchait de vous mêler à une conversation qui intéressait tout le monde .. ce blog est fait pour vous

Homer Simpson, cerveau

 

Parlons franc: on ne peut pas tout savoir sur tout. Mais avoir l'air de découvrir ce que tout le monde sait - ou semble savoir!- c'est gênant.

Et pas seulement en présence de copains, de collègues, ou du chef de service... Vous pouvez très bien, le soir même vous retrouver solitaire à dialoguer avec votre bière ou votre chat...

En effet, "29% des hommes et 35% des femmes affirment avoir déjà renoncé à commencer ou à poursuivre une relation amoureuse en raison du manque de culture générale de l’autre." (femme actuelle, 16 janvier 2018)

Bref, je sais, tu sais ; on s'aime !

De temps à autre, un article apportera son lot de savoir, glané ici ou là. Il a pour ambition d'être utile à la compréhension de notre époque.

Le dossier  FEMMES EN REVOLTE est né de la parole des femmes enfins libérée.

Les fiches sont d'une taille plus modeste.

 

Rassurons-nous : la culture, dit-on encore, c'est ce qui reste quand on a tout oublié !

 

Bon courage !

 

 

 

 

 

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