9 La Mulâtresse Solitude

 

Solitude

 

Solitude : un nom triste et beau…

 

L’Histoire a retenu peu de choses de Solitude. : son nom, qu’elle s’est donné , son origine ethnique(1), à laquelle elle est assignée, la date et les circonstances de sa mort.

 Elle est née vers 1772 d’un viol subi par sa mère sur le bateau qui l’emmenait en Guadeloupe. L’auteur du viol est un marin blanc, elle est donc métisse (1) mais esclave, l’enfant tirant son état de celui de sa mère et jamais de celui du père ! Elle a dû être séparée rapidement de sa mère pour servir les maîtres blancs. 

Les esclaves travaillent dans les plantations de café, canne à sucre, coton… subissent les peines les plus sévères selon le bon vouloir du maître et de ses gardes. Certains sont mis à mort dans des conditions atroces. Les plus chanceux servent dans la maison des maîtres et sont mieux nourris et relativement mieux traités -le viol est cependant habituel.

Dès l’annonce de la Révolution, l’île s’agite. Les « petits blancs » s’opposent violemment aux familles de riches colons qui fuient ou sont exécutés. Les esclaves se réfugient dans la forêt et se regroupent en villages libres marrons (2). Ceux qui revendiquent leur liberté sont pendus.

 En 1794, la République abolit l’esclavage – l’idée d’abolition avait été propagée avant la Révolution par la Société des amis des Noirs à laquelle participait Olympe de Gouges  - et les esclaves deviennent des citoyens français bénéficiant des Droits de l’Homme. Mais la Guadeloupe est tombée au pouvoir des Anglais en guerre contre la France. 

Des milliers d’anciens esclaves s’enrôlent et parviennent à libérer l’île des Anglais. Solitude rejoint une communauté de marrons où elle doit se sentir plus en sécurité.

 En effet,  il s’agit pour les autorités de Paris de remettre l’île au travail en obligeant les anciens esclaves à reprendre leur travaux dans les champs. 

Le nouveau maître, Napoléon est sensibilisé à l’économie des îles par son épouse, Joséphine de Beauharnais, fille de riches planteurs. Ordre est donné à la troupe métropolitaine d’arrêter les officiers noirs et de mater les velléités de révolte. 

En mai 1802, un corps expéditionnaire débarque, désarme la troupe des soldats noirs, les emprisonne. 

Un jeune colonel d’infanterie, Louis Delgrès, d’origine martiniquais est prévenu. Il réunit sa troupe, fait afficher une déclaration solennelle : « Il existe des hommes qui ne veulent voir d'hommes noirs où tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage […] La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause : elle est celle de la justice et de l’humanité. » 

Delgres_timbre

 

Delgrès et ses compagnons, que Solitude a rejoints, bien qu’elle soit enceinte, sont bientôt cernés par les soldats français. Delgrès fait miner la forteresse dans laquelle ils se sont réfugiés et demande à ses hommes de partir : il mourra seul face à l’ennemi. Trois cents inflexibles restent cependant pour combattre jusqu’au dernier moment. C’est ce que fait Solitude, l’arme à la main. Le 28 mars 1802, quand les Français pénètrent dans le retranchement, les explosifs sont mis à feu. Des décombres, on retrouvera une poignée de survivants, dont Solitude.

 

La répression est immédiate et féroce. Tous ceux qui ont pris les armes sont pendus ou fusillés. 

Le 20 mai, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage.

 

 

Le 19 novembre, la mulâtresse Solitude est pendue. Son enfant, dont elle a accouché la veille, sera esclave, comme sa mère.

 

 

Plaque apposée au Panthéon, Paris

 

 (1)        « Métis, du latin mixtus, « mélangé ».

(2)        « Mulâtre » désigne un métis. Le mot est aujourd’hui considéré comme dépréciatif. A l’origine, l’espagnol « mulo », désigne le mulet, issu d’un âne et d’une jument. On verra, avec le mot « marron » que le vocabulaire esclavagiste tend à humilier tous ceux qui n’appartiennent pas strictement à la « race » blanche.

(3)        Marron est peut-être issu de l’espagnolcima, « sommet ».  L’espagnolcimarron, à l’origine « montagnard » désignait un animal qui s’est échappé et est retourné à l’état sauvage.  Le sens d’esclave fugitif est propre aux Antilles. 

 

 

A voir :          la bande dessinée proposée en ligne par l’UNESCO

 

 A lire:             le roman d’André Schwartz-Bart : La Mulâtresse Solitude, 1972

 

 Plus d’informations :

Portrait 7 Rosa Parks

Le Code Noir de 1685 régissait la situation des esclaves dans les îles françaises d'Amérique

La traite orientale 

la traite transatlantique

les traites négrières

 L’esclavage moderne ( en anglais)      < The Global slavery index