(3)Théroigne de Méricourt

Portrait de J

 

 

 

« Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution » Mirabeau

 

 La légende accompagne Théroigne tout au long d’une vie d’espérances, de combats, d’emprisonnements. Tour à tour « Amazone rouge », « catin à 100 sous », « charogne ambulante » pour la presse royaliste, admirée ou humiliée, femme de convictions, réclamant le droit à la parole politique pour les femmes et femme d’action, sabre au poing, réclamant la création de légions féminines entraînées au combat.

 

 Elle est née en 1762 à Marcourt, dans la région de Liège et porte le nom d’Anne-Joseph Terwagne (ou Théroigne). Elle a cinq ans à la mort de sa mère ; son père la confie à des tantes puis à un couvent. Elle s’enfuit après le remariage de son père, garde les vaches, mais à 17 ans devient miraculeusement la dame de compagnie d’une Anglaise qui l’avait remarquée. Elle pourra alors bénéficier pendant quatre années de l’éducation qui lui manquait. 

 De retour à Paris, elle devient la maîtresse d’un marquis qui l’entretient –c’est le destin de nombreuses jeunes filles seules et pauvres-. Episode qui lui permettra de mener pendant un temps une vie aisée.

 Dès le début de la période révolutionnaire, elle s’installe - comme Olympe de Gouges - à Versailles pour assister aux débats de l’Assemblée Nationale. 

 Le 14 juillet, elle aurait participé à la prise de la Bastille, vêtue en amazone, (longue jupe, veste ajustée, et large

l'Amazonechapeau à la mousquetaire), armée d’un sabre et de pistolets. En octobre, elle aurait 

Theroigne de Mericourt

participé à la marche des femmes sur Versailles qui ramènent de force à Paris la famille royale. Vraie ou fausse, les royalistes comme les Montagnards lui feront une réputation de pasionaria fougueuse. 

 Les royalistes font de "Théroigne" un prénom et lui accolent le nom approximatif de son lieu de naissance, lui donnant par dérision peut-être, un patronyme vaguement aristocratique … et dangereux à cette époque.

 Elle suit l’Assemblée à Paris et ouvre un salon où se rencontrent entre autres Camille Desmoulins et le chef des Girondins Jacques Brissot.

 

Elle fonde en 1790 avec le mathématicien Gilbert Romme la « Société des Amis de la loi » qui demande et obtient l’abrogation de la loi sur le marc d’argent qui exigeait de posséder cette somme importante pour être élu à l’Assemblée Constituante. La Société demandera l’égalité pour les juifs, les musulmans et « les hommes de toutes les sectes [ =religions] ».

 En février 1791, lors d’un voyage en Belgique, elle est enlevée, emprisonnée à Vienne et interrogée pour qu’elle avoue son projet d’assassiner Marie-Antoinette. Elle sera libérée à la fin de l’année et accueillie triomphalement à Paris. 

 Le 10 août 1792, elle participe à la prise des Tuileries où réside Louis XVI et recevra pour son courage, ainsi que deux autres femmes, la « couronne civique ». Ce même jour, elle aurait agressé et tué –ou incité la foule au lynchage- un journaliste royaliste qui l’insultait de longue date dans les colonnes de son journal. 

 

Bien qu’elle reste en vérité modérée, dans la mouvance des Girondins, elle sera désormais vue comme une furie sanguinaire exposée à la haine des royalistes et à la méfiance des Jacobins. 

 La légende lui survivra : Baudelaire l’évoquera, dans les escaliers des Tuileries montant à l’assaut de la monarchie.

 « Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,

Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,

La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ? 

 

Sisina)

 Le 15 mai 1793 se situe l’événement qui change la destinée de Théroigne. Les révolutions de Paris du 18 mai le présente ainsi : « Depuis plusieurs jours, un certain nombre de femmes font la police dans le jardin des Tuileries et dans les corridors de la Convention nationale […] Elles arrêtent les gens qui leur paraissent suspects. Ce sont elles qui mercredi 15 donnèrent le fouet à Théroigne en l’appelant Brissotine [= Girondine] ». 

 Il y avait de la part de ces femmes appartenant au groupe des « républicaines-révolutionnaires », qui dénudèrent publiquement Théroigne une volonté de l’humilier. A tel point que Marat –qui n’était pas un tendre- dut intervenir, dit-on,  pour faire cesser le lynchage. 

Théroigne_de_Méricourt_-_1816

 Sa raison vacille. Elle mourra après 23 ans d’internement dans la section psychiatrique de La Salpétrière en 1817. On débat encore pour dégager les causes de sa folie due à un état psychologique mélancolique ou conclusion de la syphilis qui la ronge depuis le début de ses années parisiennes, 

 

 

 Ecouter

L’hommage de Sarah Bernhardt : Le rêve de Théroigne de Méricourt : https://www.youtube.com/watch?v=K9j_fE4RphI

 

 Rappel historique

 Les principaux acteurs de la Révolution

Les Girondins, à l’origine, regroupent principalement des députés originaires de la Gironde. Ils sont considérés comme modérés et, opposés à la toute-puissance parisienne, seront accusés de « fédéralisme ».

La journée du 10 août 1792 qui voit la prise des Tuileries par une foule d’émeutiers organisée par la Commune insurrectionnelle de Paris,  l’emprisonnement de la famille royale suivie par les « massacres de septembre » au cours desquels sont assassinés  des centaines de prisonniers éloignent les Girondins, majoritaires, des Montagnards de Robespierre. Ils ne tarderont pas à paraître suspects aux plus révolutionnaires. En juin 93, la Convention, envahie par les émeutiers, livrera les députés girondins qui seront exécutés.

Les Montagnards -Danton, Marat, Robespierre…- sont assis, à gauche de l’Assemblée, sur les gradins les plus élevés.

Ils ont le soutien de la Commune qui les aident à éliminer les Girondins et à mettre en place un gouvernement implacable, autoritaire et centralisé : la Terreur est « mise à l’ordre du jour » (17 000 exécutions, 500 000 incarcérations) et perdurera du 10 août 92 à la chute de Robespierre en juillet 1794. 

 

(source : J. Tulard …, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, ed. Robert Laffont )