aux armes citoy

27 Les femmes et la Révolution française : je t’aime, moi non plus ?

 

« Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution » Mirabeau

 

 

 

 

 

Acte I Le siècle des femmes

 

Depuis le milieu du XVIIème siècle, les femmes ont conquis un espace de liberté, où leur parole peut s’exprimer librement, un espace où le mérite, l’intelligence, la finesse surpassent le choix de la naissance : bourgeois et aristocrates peuvent se mêler et propager au XVIIIème s. les idées révolutionnaires. 

Les frères Goncourt se livrent à un délire poétique, principalement dans le chapitre 9 de La femme au XVIIIème s.  simplement

Goncourt

intitulé « La domination et l’intelligence de la femme ».

 Mais c’est un espace réduit au périmètre des salons, socialement restreint qui concerne l’intelligentsia principalement parisienne.. Sur ce sujet, on pourra lire Ninon, prostituée et philosophe , version (assez) courte) ou Ninon de Lenclos, plaisir et clulture au féminin , version complète.

Condorcet en rend  compte en écrivant : « [Les législateurs] n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits, en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? »( Condorcet Sur l’admission des femmes au droit de cité)

 

Acte I  La parole … 

 

Les femmes du peuple, celles qui ne connaissent même pas l’existence des  salons sont moins enthousiastes que les Goncourt sur leur propre sort.

Ainsi cette pétition des femmes du Tiers-Etat au Roi : « Objets continuels de l’admiration et du mépris des hommes, les femmes, dans cette commune agitation, ne pourraient-elles pas faire entendre leur voix ?»

Admiration et mépris des hommes,  il y a là à méditer pour les trois siècles qui vont suivre.

 

Lorsque les Etats Généraux sont convoqués par le roi, « l’autre moitié du genre humain » que l’Histoire laisse dans l’ombre commence son existence et prend la parole.

Les femmes exigent le droit à l’éducation,  le droit de pouvoir voter, et la « liberté de « disposer de soi ». Olympe de Gouges réclame la liberté sexuelle et un nouveau contrat de mariage autorisant la séparation des époux et prenant en considération l’intérêt de l’enfant. 

Le divorce par consentement mutuel ou par demande d’un des époux était acquis en août 1792. L’enfant mâle de plus de sept ans devait être confié au père, évidemment. Dès l’année suivante, une pétition des sans-culottes demande la révision de la loi en cas de « dérèglement des mœurs par l’épouse ». L’abrogation des droits féodaux, permet aux femmes d’avoir leur part d’héritage, comme leurs frères.

 

…et les actes

 

Elles participent pleinement au mouvement révolutionnaire.  A la prise de la Bastille où Le Moniteur dénombre officiellement «46 jeunes filles de moins de 19 ans » et célèbre Théroigne de Méricourt, l'Amazone.   (Voir l'article 3 de 52 semaines pour les femmes).

 

imagesr

En octobre 89, plusieurs milliers de Parisiennes, poussées par le manque de pain se

images

dirigent sur Versailles -où elles sont froidement accueillies par la toute nouvelle Assemblée nationale, composée d’hommes, et ramènent de force à Paris la famille royale (« le boulanger, la boulangère et le petit mitron »). 

Quand la famille royale fuira, en juin 1791, pour être rattrapée à Varennes, elles ne manqueront pas d’ironiser sur les femmes qui ramènent Louis Capet à Paris et les hommes qui le laissent s’échapper.

 

Les revendications féministes passent au second plan au moment de la fuite du roi et de la déclaration de guerre.  Les femmes réclament alors le droit de porter les armes. Un très petit nombre seront autorisées à la faire et, malgré leur comportement courageux, la mesure sera rapportée sous prétexte de prostitution.

 

 Acte II L’organisation

 Les femmes comprennent vite l’importance des associations.  

 

Claire_Lacombe-

 

Pauline Léon (?)

Certaines regroupent les deux sexes. Les plus radicales adhèrent à la Société des Républicaines révolutionnaires fondée en mai 1793 par Claire Lacombe et Pauline Léon. La Société s’oppose aux Girondins (Danton, centriste) et aux Montagnards (Robespierre, gauche) sur le vote des femmes et les questions sociales. 

Les Républicaines révolutionnaires se lient aux « Enragés » de Jacques Roux (partisans de la démocratie directe, qui ont fait « germer l’idée communiste », dira Karl Marx dans la Sainte -Famille ) mais elles s’en éloignent pour ne pas être considérées comme contre-révolutionnaire par les Montagnards. Ce qui n’empêchera pas ces derniers de les abandonner et d’interdire leur mouvement.

Acte III le couperet

On leur reproche de vivre en union libre et de dénoncer la prostitution non pour des raisons morales mais en analysant ses causes sociales : c’est que la morale est un domaine féminin par excellence, mais la gestion sociale ne peut être de leur compétence.

Ainsi, lorsque Claire Lavombe , accompagnée de sans-culottes inspecte les prix chez les marchands de façon à imposer la taxation des produits de première nécessité, les députés de la Convention condamnent cet exercice de démocratie directe qui échappe en vérité à leur autorité.

 En novembre 1793, la Convention interdit les associations féminines en leur déniant par leur « faiblesse naturelle » d’être capable de délibérer des affaires de la nation. Interdiction leur est faite de participer à aucune assemblée politique et même de porter la cocarde tricolore qui « relève d’une "institution respectable » et ne convient pas aux femmes". Fabre d’Eglantine les traite de « filles émancipées » !

 Le Moniteur Universel du 19 novembre 1793 justifie ainsi la décapitation de Manon Phlipon ( Mme Roland) : : « elle était mère mais elle avait sacrifié la nature en voulant s’élever au-dessus d’elle ; le désir d’être savante la conduisait à l’oubli des vertus de son sexe, et cet oubli, toujours dangereux , finit par la faire périr sur l’échafaud ».

 La Constitution de 1793 les privent des droits politiques -tout comme les mineurs et les condamnés à des peines infamantes-. 

 La fête républicaine a cédé la place aux cérémonie officielles bien réglées car « le Peuple, grand et majestueux, aime l’ordre ». Au cours de ces cérémonies seront honorées « les femmes enceintes et les nourrices, objets de la vénération et de l’amour de tous les Peuples […]  La Nature vous destine à devenir mères […] mais sachez qu’on ne mérite les hommages durables de l’homme libre qu’avec des vertus, de la décence, le goût des choses modesteset le respect de la Divinité».

 

Acte IV : Circulez, il ne s’est rien passé !

 Après la chute de Robespierre, la « réaction thermidorienne » prend le pouvoir. 

Le 20 mai 1795, poussées par la famine et l’injustice grandissante entre les classes sociales, les femmes en grand nombre se joignent aux insurgés des faubourgs de l’Est parisien et marcheront sur la Convention Nationale. Le 24 mai, cernées avec eux par la Garde nationale, elles resteront jusqu’au bout.

Le soir même, la Convention décrète que « toutes les femmes se retireront jusqu’à ce qu’autrement soit ordonné, dans leurs domiciles respectifs ; celles qui, une heure après l’affichage du présent décret, seront trouvées dans les rues, attroupées au-dessus du nombre de cinq, seront dispersées par la force armée et mises en état d’arrestation.

Le présent décret sera imprimé et affiché sur le champ ».

 

La Révolution n'a pas eu lieu. Le XVIIIème siècle s'achève sur l'échafaud, la prison, le foyer patriarcal.

 La triade immémoriale était remise en place : La Vierge, l’Epouse, la Mère.

 

« La Révolution est glacée » disait Saint-Just.

 

 

 Sources

Paule-Marie Huet : Les femmes et la Révolution (1789-1794), ed. Julliard, coll. Archives 1971

 

Musée de la Révolution française :

https://www.reseau-canope.fr/la-classe-loeuvre/fileadmin/user_upload/projets/musee935/MRF-DossierPed-FemmesRevol.pdf

 

Condorcet Sur l’admission des femmes au droit de cité :

https://fr.wikisource.org/wiki/Sur_l’admission_des_femmes_au_droit_de_cité