Ninon de Lenclos

                           dans son siècle,

 

                          plaisir et culture au féminin

 

 ninon

 

 

 

  

Comment une femme, prostituée à 18 ans,

emprisonnée à 30 pour libertinage

a-t-elle pu tenir un salon à la mode

et devenir un modèle de sagesse et de savoir-vivre ?

 


 

 

 

Avant Ninon, la Place Royale

 

place royale

 

 

La vie de Ninon de Lenclos est liée à cet espace parisien[1], même si les circons­tances - amoureuses, politiques - ont voulu qu’elle le quitte à divers moments de ses aventures.

A l’époque de sa naissance, en 1623, la Place Royale est un lieu nouveau mais déjà à la mode, qui a connu des bouleversements récents.

La mort brutale d’Henri II en 1559, lors d’un tournoi rue Saint-Antoine fit que sa veuve, Catherine de Médicis prit en horreur le vieux palais des Tournelles et s’installa au Louvre. Le palais et les dépendances furent laissés à l’abandon avant d’être démolis. 

Dans le parc, au milieu des ruines, vint s’établir un important marché aux che­vau­x où se négociaient chaque semaine mille à deux mille bêtes. Maquignons, ache­teurs et curieux formaient une foule constante et bigarrée et la place menaçait de devenir une cour des miracles avec son cortège de voleurs et de prostituées.

 

La place, encadrée de neuf pavillons sur chaque côté, ouvrant sur des galeries couvertes, fut inaugurée en 1612. En 1639, la statue équestre de Louis XIII, placée au centre du parc, complète le décor des scènes dramatiques, rocambolesques ou érotiques qui vont s’y jouer. 

La grande bourgeoisie, les financiers, la noblesse de robe et d’épée occupèrent avec empressement les trente-six pavillons de la place dominée au nord et au sud par les pavillons de la reine et du roi. 

Les fêtes princières n’étaient pas les seuls divertissements que se donnaient les occupants de la place depuis leurs balcons. Malgré les édits royaux, les duels étaient fréquents sous les arcades. On assistait alors à de véritables batailles rangées qu’agrémentaient les torches que chaque combattant tenait dans une main. 

D’autres plaisirs, moins sanglants attiraient une population qui aimait à se frotter au luxe et à se fournir en soieries et produits divers vendus sous les arcades de la place. 

Population très mélangée où l’on trouvait des coupeurs de bourse, des escrocs aux talents divers, des prostituées, des tripots comme la célèbre «Académie de jeu»  tenue par la Blondeau dans laquelle le contrôleur des Finances Gallet perdit sa fortune estimée à « douze cents mille livres »[2].

Les mœurs étaient bien libres, Place Royale. Tallemant [3] rapporte cette anecdote : le duc de             Candale ayant trouvé un jour un de ses soldats « couché avec une garce dans la Place Royale», lui proposa un écu d’or s’il voulait «la baiser le lendemain, en plein midi ». Ce qui fut fait.

GedeonTallemantdesRéauxCandale et ses amis prirent soin de faire grand bruit et « toutes les dames mirent la tête à la fenêtre et virent ce beau spectacle ».

Il apparut nécessaire de policer le quartier et le lieutenant civil fit « défense à toutes les filles et femmes de mauvaise vie, laquais, fainéants et vagabonds de se tenir sous les galeries de la Place Royale.  

L’interdiction eut peu d’effet. 

C’est dans ce milieu, anarchique et brutal que naquit Ninon de Lenclos.

 

Avant Ninon, Marion

 

Marion de Lorme, par sa naissance[4], en 1613, dans une famille aisée de la petite noblesse, aurait pu faire un riche mariage. Mais son tempérament la conduisit à un autre destin qui la mena à être la première grande courtisane du royaume.

Grâce à l’aisance familiale, elle habitait avec sa mère –qui s’était résignée à son mode de vie- un pavillon de la Place royale, le numéro 11 actuel.

marionElle y recevait volontiers la jeune Ninon, de dix ans sa cadette, à qui elle prodiguait les conseils d’une femme arrivée. Les hasards de l’amour les rendirent parfois rivales sans que leur amitié en souffrît.

Les contemporains ont rendu hommage aux deux femmes, véritables princesses du Marais, tout en les distinguant soigneusement. Marion, disait-on est « vive, spirituelle et amusante » ; Ninon a « le génie étendu, élevé, noble d’un vrai philosophe ». Marion chagrinait et éloignait ses amants par ses infidélités. Mais il était impossible de quitter Ninon tant on était séduit par sa voix, ses yeux moqueurs, son sourire, ses attitudes, la grâce de ses mouvements… 

Bref, elle était moins belle que Marion, bombe qui coupait le souffle, mais elle irradiait d’un charme indéfinissable.

 

Enfance et premières armes

 

Les éléments de la vie d’Anne de Lenclos –c’est son véritable prénom- sont épars et controversés. Même sa date de naissance est problème : elle découvre à 47 ans sur un acte de baptême qu’elle est née non pas en 1620 mais en 1623[5]

Enfant, elle apprend le luth avec son père, danse joliment, aurait lu Montaigne à douze ans et appris l’italien et l’espagnol. La famille n’est pas riche, d’autant qu’en 1632, le père, soldat qui se dit écuyer, prend la fuite après avoir tué le comte de Chabans à qui l’opposait une querelle sordide où se mêlaient procès et adultère. Le père est un viveur, impulsif, débauché, souteneur qui entretient sa maîtresse non loin du logis familial et où il se montre volontiers nu et copulant devant les domestiques qui passent.... Ninon grandira sans l’autorité de ce père. 

A 13 ans, une anecdote montre sa liberté de ton et l’estime qu’elle a pour la religion. Un Jeudi Saint, au moment d’un sermon sur la mort du Christ, elle s’exclame en espagnol : « Qu’importe qu’ils le tuent puisqu’il ressuscite ! » Ninon avait retenu une chansonnette espagnole célèbre dans Paris qui rendait hommage à une belle dont les yeux donnaient la mort mais pouvaient aussi faire renaître. La Résurrection revisited fit scandale dans l’église.

Après le départ du père, la situation financière a dû encore s’assombrir. Tallemant raconte : « Durant son absence, cette fille devint grandette. Elle n’eut jamais beaucoup de beauté, mais elle avoit dès lors beaucoup d’agréments ; et, comme elle avoit l’esprit vif, jouoit bien du luth et dansoit admirablement, surtout la sarabande, les dames du voisinage (c’étoit au Marais) l’avoient souvent avec elles. »

Mme de Lenclos laissa donc sa fille se produire comme luthiste et danseuse dans les salons avoisinant la Place Royale. Il était clair que cette activité professionnelle –danse et chant- destinait une jeune fille pauvre à la prostitution. 

Ce fut sans doute sa mère qui traita directement vers 1641
avec le premier « payeur » de Ninon, Jean Coulon, conseiller au Parlement de Paris. Elle avait désormais un protecteur.

 Ecoutons Tallemant, qui sait toujours tout : « Madame Coulon découvrit tout le mystère ; alors toutes les honnêtes femmes, ou soi-disant, abandonnèrent Ninon et cessèrent de la voir. Coulon leva le masque et l’entretint tout ouvertement ; il lui donnoit cinq cents livres par mois, qu’il a, dit-on, continué de lui donner jusqu’en 1650, huit ou neuf ans durant, quoiqu’il fût bien arrivé des désordres entre eux ». Ajoutons que Mme Coulon n’avait pas un profil moral sans taches : elle avait eu comme amant un commis de son père, puis le duc d’Elbeuf succéda au commis, puis d’autres, le couple ayant pris l’usage du plaisir à l’extérieur[6]

 

Ninon est aussi une sentimentale…parfois… Son aventure avec Gaspard de Châtillon-Coligny, marquis d'Andelot est intéressante.Elle a dix-neuf ans, a repéré le marquis et ne tient pas à perdre du temps. Elle lui donne rendez-vous, puis tout ce qu’il désire. Châtillon l’abandonne peu après. Elle le fait revenir. Il obéit. Puis part à nouveau[7]

Ninon se tiendra désormais à l’écart des peines de cœur, d’autant plus que le marquis, fort belle bête au demeurant, manquait des qualités qui charmaient Ninon autant que les ravissements du lit : la courtoisie séductrice, la conversation galante, le plaisir des mots. Elle sera désormais « plutôt d'humeur à quitter qu'à être quittée » (Tallemant).

 

Au printemps 1643, Ninon perd sa mère, morte autant de maladie que de l’acharnement des médecins. Elle n’a plus de famille, son père est on ne sait où et  ses proches décédés. Elle a vingt ans, n’a aucun appui, et elle décide de faire retraite dans un couvent. On peut faire des hypothèses sur ses raisons. Chagrin d’une orpheline ? Volonté de montrer à ses payeurs comme à ses amants qu’elle décide seule de sa vie ? Décision stratégique de se retirer pour réapparaître après avoir surpris tout son monde ?[8] Six mois plus tard, Ninon est de retour.

 

Olé, Olé, les belles années de Ninon 

 

En 1642-43, meurent Richelieu puis Louis XIII. La Régence[9]commence. Dans des vers dédiés à Ninon, Saint-Evremond, sans doute son ami le plus fidèle, exprime la joie qu’ont tous les libertins 

d’échapper à la poigne de fer du cardinal:

« J’ai vu le temps de la bonne Régence,

Temps où régnait une heureuse abondance,

Temps où la ville aussi que la Cour

Ne respiraient que les jeux et l’amour ».

 

 

Bientôt Ninon donne un co-équipier à Coulon : le comte d’Aubijoux devient aux yeux de tous le deuxième amant-payeur de la jeune femme reconnue comme une courtisane professionnelle.

Profession rentable : on peut supposer que Coulon et d’Aubijoux fournissent à Ninon un total de 1000 livres par mois. Il s’agit donc de 12000 livres par an. Pour comparaison, Racine reçoit du roi en 1664 une pension de 600 livres et Corneille de 2000 livres par an. En 1674, Madame de Maintenon dira qu’on peut avec cette somme de 12000 livres vivre largement avoir une douzaine de domestiques, et en consacrer 3000 au jeu ou aux spectacles… 

Ninon en prenant un deuxième payeur se distingue socialement des « mignonnes », misérables femmes de plaisir à trois ou quatre livres la passe. Elle avait sous les yeux un modèle célèbre en son temps, la d’Alesseau qui commença sa carrière à trois livres puis, entretenue par M. de Retz et d’autres « monta ensuite»  à 1000 livres par mois. 

L’arrivée de d’Aubijoux dans l’intimité de Ninon est également favorable à sa promotion sociale : il est « bien né », lieutenant du Roi en Languedoc ; grand, bel homme et bénéficie de 40 000 livres de rentes. Comment résister ? 

Elle organise sa vie économico-sentimentalo-sexuelle avec rigueur : « On a distingué ses amants en trois classes : les payeurs dont elle ne se soucioit guère, et qu’elle n’a soufferts que jusqu’à ce qu’elle ait eu de quoi s’en passer ; les martyrs et les favoris. Elle disoit qu’elle aimoit bien les blonds, mais qu’ils n’étoient pas si amoureux que les bruns ». 

Les payeurs paient, c’est le point avéré. Sont-ils payés de retour ? pas toujours. Avec l’expérience et la notoriété, Ninon fait jouer les rivalités, se refuse, impose le moment de son bon plaisir. Et le payeur attend…

Le martyr a le droit de gémir, mais avec goût et discrétion. Certains auront leur récompense. D’autres rien, jamais, mais resteront d’excellents et sincères amis.

Le favori voit un jour le regard de Ninon tomber sur lui. Un regard tendre sans doute mais surtout impératif. Et l’heureux homme reste le favori… pendant trois mois. Mais il avait été prévenu : « Je crois que je t’aimerai trois mois, c’est l’infini pour moi », a-t-elle dit à l’un d’eux. Le favori n’a pas vocation à ouvrir sa bourse, mais, à l’occasion, rien ne lui interdit de faire un cadeau…

Le caprice, c’est un coup de folie, une passade. Tallemant des Réaux le mentionne en marge de l’organigramme tridimensionnel de Ninon[10]. Ajoutons-y le « râgout », objet sans doute d’un désir violent et bon à croquer quasiment dans l’instant.  Ainsi, elle demande un jour à Rambouillet en évoquant un homme dont on parle : «Dites­moi, un tel est­il beau ? car j’ai grand besoin de ragoût [11]. »

Que ressort-il de ces activités marchandes et libidineuses ? Dans ces années 1650, le statut de Ninon est ambigu : on tend à oublier ses deux payeurs qui, année après année, font partie du paysage et à s’intéresser davantage à ses conquêtes. Curieusement, plus le favori est titré et connu, amateur de jolies femmes, plus on considère la relation comme amoureuse pour célébrer une liberté qui doit tout à un désir sans rapport avec l’argent. « Le caprice est le signe qu’on ne l’achète pas, mais qu’elle se donne. Il est la preuve d’une autonomie retrouvée » (R. Duchêne).

Entre Coulon et d’Aubijoux, Ninon apprend la vie avec deux libertins assumés. L’amitié et la fréquentation assidue de Scarron, et surtout de Saint-Evremond, l’un poète, l’autre philosophe et tous deux bons connaisseurs des penseurs de l’Antiquité, du matérialisme et de l’épicurisme approfondiront la réflexion de Ninon qui prend, dit Tallemant « un certain air de dire et de trancher les choses en philosophe ». La jeune femme sera apte à discuter avec les bons esprits qu’elle reçoit dans son salon.

Des plaisirs toujours… et des menaces…

En 1648, Ninon quitte Paris pour séjourner à Lyon. Ses motifs restent inconnus. Certains invoquent un amant à retrouver. On peut aussi supposer qu’elle veut échapper aux troubles de la Fronde : le Parlement entre en rébellion contre le pouvoir royal dès janvier. En août, se dressent des barricades. En septembre, Anne d’Autriche et le futur Louis XIV quittent Paris en secret et l’enfant gardera, on le sait, une aversion pour la capitale qui le mènera à la construction de Versailles. 

Par ailleurs, Ninon, toujours prudente, peut considérer qu’en ces temps incertains, Coulon et d’Aubijoux, ses protecteurs se sont attiré avec leurs amis libertins une réputation bien sulfureuse : ils avaient l’année précédente, brûlé l’échafaud du Temple, symbole de la justice royale et avaient « forcé des dames de condition » dans le bois de Boulogne ! 

Bref, à Lyon, le cardinal, primat des Gaules, tombe amoureux d’elle malgré ses soixante-six ans. Il n’est pas le seul. Un certain Perrachon, furieusement riche lui offre une maison. Elle accepte le don mais décide de le lui rendre quand il prétend faire valoir ses droits. 

Il y a là la première manifestation d’une attitude qui se renouvellera et tendra à faire oublier sa carrière de prostituée mondaine.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle s’interdit l’usage de beaux favoris. Sévigné, Rambouillet et bien d’autres lui rendent la vie belle et bonne, sans qu’on puisse l’accuser de vénalité –Sévigné ne lui aurait offert qu’une bague sans grande valeur. Elle affirme sa liberté, comme nombre de grandes dames qui mènent, au vu de tous, une vie très libre. Fin 1649, elle rompt avec son premier payeur Coulon, quitte la rue des Douze-Portes qu’elle habitait depuis la mort de sa mère et s’installe faubourg Saint-Germain. Ce changement n’est pas innocent : Anne d’Autriche et la Cour reviennent à Paris. Ninon s’est largement compromise non seulement par sa vie débridée mais aussi par sa fréquentation des Frondeurs notoires tels Coulon ou Scarron. Elle mettait un peu d’espace entre elle et eux.

Cela ne l’empêche pas de continuer à manifester son impiété avec force et une certaine inconscience du danger. Pendant le Carême de 1651, chez Ninon on mangeait gras, on buvait on chantait, au mépris de tous les diktat religieux. Un soir, on jette un os par la fenêtre sur un prêtre qui passe. Par malheur, il s’agit d’un familier du curé de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier, membre de la sinistre Compagnie du Saint-Sacrement[12]. Le scandale éclate. Le curé réclame l’intervention du pouvoir civil. Par chance, celui-ci intervient sous la forme d’un bailli fort corrompu et sensible aux arguments des deux grands seigneurs que Ninon en toute hâte a dépêchés auprès de lui. L’affaire est close. Ninon a néanmoins compris qu’il lui fallait être prudente.

 

Une idylle 

 

Louis, marquis de Villarceaux , est grand, brun, fort riche et grand séducteur ; il eut le goût d’ajouter Ninon à la liste de ses conquêtes. Elle eut la sagesse de l’agréer. Ils formèrent un beau couple de 1651 à 1656. D’abord, il fut un payeur qu’elle fit attendre (le dernier d’une liste somme toute assez courte)  ; puis il tomba amoureux de la jeune femme, l’emmena peut-être en son château et ils eurent un beau garçon –le séjour à la campagne permit de cacher la grossesse- pendant l’été 1651. Le petit, futur chevalier de la Boissière que son père reconnut et dont il s’occupa constamment, ainsi que Ninon, fit carrière dans la Marine et mourut en 1730. 

Ninon rentre à Paris en octobre 1652. Après avoir vécu deux années avec Villarceaux   dans l’hôtel de leur ami Boisrobert, au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin et de Richelieu. Ninon, par désir d’indépendance, louera une maison en face de la demeure de Boisrobert. Et Villarceaux est jaloux, à un point tel qu’il en est malade. La fièvre le prend. On s’inquiète. Alors Ninon, devant l’état de son marquis « fut si touchée qu’elle se coupa tous les cheveux, qui étaient très beaux, et les lui envoya pour lui faire voir qu’elle ne voulait point sortir ni recevoir personne chez elle ». A la suite de quoi, ajoute Tallemant, « elle va chez lui, se couche dans son lit et ils demeurèrent couchés huit jours entiers ». Ninon était amoureuse. Il faut cependant dire que depuis leur rencontre Ninon avait été modérément fidèle. Elle le restera peu de temps. Ainsi va Ninon qui reprend vite sa vie mondaine dans sa maison de la rue de Richelieu.

 

La foudre de 1656 avant la remontada 

finale

 

En mars 1656, une nouvelle fait trembler la Place-Royale et tout le Marais : Ninon de Lenclos a été arrêtée et conduite au couvent des Madelonnettes, prison pour filles repenties[13]

Depuis la fin de la Fronde et le retour du Roi à Paris, les temps libéraux de la « bonne Régence » sont finis. Les frondeurs sont exilés ou emprisonnés. L’ordre doit régner. 

La reine mère, Anne d’Autriche s’est rapprochée de la Compagnie du saint-Sacrement et des dévots ; elle est à l’origine de cette incarcération dans une prison pour prostituées. 

Mais les amis de Ninon sont nombreux, et décidés. Le guet doit patrouiller pour protéger la prison d’un coup de force. On avait vu des « cavaliers fort dorés » à l’air belliqueux, d’autres, depuis les maisons voisines, prenaient la mesure de la hauteur des murs de l’enceinte !  

 

Le pouvoir cède, à moitié, et transfère Ninon dans un couvent plus cool, à Lagny (Seine et Marne). Elle est bien reçue et autorisée à recevoir des visiteurs, si nombreux qu’ils feront la fortune de l’aubergiste voisin ! 

Peu après son arrivée, un beau cavalier demande à lui parler. Ce bel homme est en vérité une femme –vu son rang- la plus scandaleuse de son temps.

La reine Christine de Suède s’arrête dans son périple pour discuter avec Ninon…

C’est que les deux femmes ont bien des points en commun, séductrices, cultivées (on disait que la reine était plus savante que l’Académie française), rationalistes (Christine a fait venir Descartes et de nombreux savants français à Stockholm), en un mot libertines et peu soucieuses du qu’en dira-t-on[14]

Elles parlèrent peut-être chiffons toute la journée puis Christine proposa à Ninon de la suivre en Suède. Ninon était trop attachée au Marais.

À la suite de quoi, Christine demanda au Roi la grâce de sa camarade et lui recommanda de la recevoir à la Cour. Anne d’Autriche en eut des chaleurs.

Ninon ne sortit de Lagny que six mois plus tard au printemps 1657.

 

Tentative de bilan : Ninon, ni pute, ni soumise ?

 

Un peu quand même …

On connaît ses débuts, c’est une affaire entendue.

Dès son retour à Paris, l’opinion des gens bien-pensants à son égard change. C’est qu’on colporte que Christine de Suède aurait dit à Louis XIV qu’il ne manquait au charme de sa Cour que la présence de Ninon pour lui donner la plus haute perfection[15]. Somaize, dans son Dictionnaire des Précieuses, célèbre sa « vivacité » qui « la fait rechercher de ceux qui savent goûter le plaisir de converser avec les personnes spirituelles ». On célèbre la femme de goût et si on mentionne sa « belle galanterie », ce n’est pas pour évoquer ses mœurs légères, mais dans le sens défini par le dictionnaire de Richelet : « « manière civile et agréable de dire et de faire les choses ». 

Quand elle s’installera au 36 rue des Tournelles, dans un hôtel de trois étages sans luxe ostentatoire, elle y mènera une vie bourgeoise –sans rien renier intérieurement de ses convictions. 

Mais on ne ripaillera plus bruyamment en carême et on prendra soin, dans cette même période de ne plus jeter les os par la fenêtre ! Elle a bien conscience que les belles années de liberté sont passées. Il faut se soumettre, du moins en apparence, à la loi commune que dicte Versailles. On la verra même –prudence oblige- à la messe et suivie d’un abbé de Pons[16]qui est son directeur de conscience !

Et quand on parlera d’elle, on oubliera son diminutif et on la nommera Anne de Lenclos, voire « Mademoiselle de Lenclos[17] ». Le passé de la courtisane semble s’évanouir. 

Malgré tout, un demi-siècle après sa mort, on colportera des récits légendaires qui, invérifiables, ont le mérite de montrer que le fantasme Ninon subsistait. Nombreux, disait-on, sont les jeunes gens qui s’empressent malgré son âge, autour de Ninon : elle aurait eu des amants jusqu’à quatre-vingts ans…  Douxménil rapporte dans la première biographie de Ninon publiée en 1751 l’anecdote suivante : Pressée par un jeune homme de lui accorder ses faveurs, Ninon lui demande de revenir huit jours plus tard, à midi. Le jour vient, midi sonne. Ninon déclare alors : « Voilà, monsieur, […] je viens juste d’entrer dans ma quatre-vingt-unième année. Si le cœur vous en dit, vous êtes le maître ». Le jeune homme fut honteux de sa sottise. Et l’amitié subsista. 

Selon les récits, l’âge de Ninon varie, l’identité du prétendant également ainsi que la conclusion !

 

 

Les facettes de Ninon

 

Plaire, désirer, jouir … et recommencer…

Elle transgresse les règles implicites régissant les amours illicites : elle est la maîtresse d’un homme marié, ce qui la distingue de la condition tolérée depuis le Moyen - Age de la concubine d’un célibataire. 

Elle a un deuxième « client », ce qui fait d’elle « la femme de deux hommes » selon l’expression de Roger Duchêne. 

Elle multiplie les amants, s’éloignant d’autant plus du modèle connu et admis de la femme qui se contente d’un unique galant. 

Son désir s’exprime ouvertement, sans la discrétion convenue pour ce genre de relations.

Et, cerise flamboyante sur le gâteau, elle se conduit comme un homme, en prédateur exigeant. Elle affirmait sa conviction que « les règles et les devoirs de l’amour étaient égaux entre les deux sexes et que, sur ce chapitre, il ne fallait pas en attendre plus d’[elle] que du commun des hommes ».

Voltaire rapporte ses mots dans sa Correspondance,1751 : « Elle disait qu’elle n’avait jamais fait àDieu qu’une prière : « Mon Dieu, faites demoi un honnête homme, et n’en faites jamais une honnête femme. » 

 

Un esprit charmeur 

On la dit pleine d’esprit et de gaieté. Dans l’anecdote avec Venailles qu’on a rapportée, il faut ajouter que Ninon, après s’être longuement apprêtée, rejoint son compagnon… qui s’est endormi. Elle s’empare de ses habits, de son épée et dort dans une autre pièce. Le lendemain matin, revêtue des habits masculins, elle pointe l’épée de Venailles sur sa gorge. Celui-ci, à demi-endormi, s’exclame : « Je suis gentilhomme, Monsieur, je saurai vous rendre raison ». Ninon rit, se dénude…[18]

Depuis longtemps, on célèbre son autorité qu’elle met au service du bon goût et des bienséances. Elle sait s’adapter aux gens et ne tolère pas l’agressivité.  « Tout se passait chez elle avec un respect et une décence extérieure que les plus hautes princesses soutiennent rarement [..]» (Saint-Simon). Son honnêteté[19]et son désintéressement ont été manifestes à plusieurs reprises.

 

Mais aussi une pédagogue : la manière jolie de faire l’amour.

Les Mémoiresde Chavagnac, publiés en 1699, montre une demoiselle de Lenclos devenue un modèle pour tous les jeunes gens : « Quand quelqu’un de la Cour avait un fils qui n’était pas dégourdi, on l’envoyait à son école. Son éducation était si excellente qu’on faisait bien la différence […]. Elle leur apprenait à faire l’amour, la délicatesse de l’expression, la manière jolie ; […] en peu de temps elle le rendait honnête homme ».

Comprenons que ces jeunots pas « dégourdis » manquaient de civilité –les prostituées ou les amies de la famille assuraient le polissage du physiologique! Quant à l’expression « faire l’amour », elle recouvre deux domaines, le premier assumé par les susdites, le second désigne l’ensemble des attitudes, des paroles qu’une femme était en droit d’attendre d’un homme attentionné qui lui faisait la cour. C’était le domaine pédagogique d’Anne de Lenclos.

Elle y excelle à tel point que la belle-sœur de Louis XIV, la duchesse d’Orléans souhaite que son fils, le duc de Chartres, « l’allât voir plus souvent et la fréquentât de préférence à ses bons amis. Elle lui inspirerait de meilleurs sentiments et plus nobles que ceux-ci ne font. […] Il n’y a point de plus honnête homme que Mlle de Lenclos »

 

Une philosophe

Ninon bénéficie de l’admiration du XVIIème siècle pour l’Antiquité, admiration qui s’étend jusqu’aux courtisanes célèbres, compagnes des philosophes grecs[20]. Dès 1653, Chapelle la compare à Leontium, élève et maîtresse d’Epicure ; Saint-Evremond dédie « à la moderne Leontium » son traité sur la morale d’Epicure ; de même d’Alembert dans l’Encylopédielui rend un bel hommage :  d’autres suivront dans cette voie qui métamorphose Ninon et commence sa légende. Voltaire constate, cinquante ans après la mort de Ninon : « J’apprends que l’on vient d’imprimer deux nouveaux Mémoires sur la vie de cette philosophe. Si cette mode continue, il y aura bientôt autant d’histoires de Ninon que de Louis XIV ». 

 

Une grande professionnelle du sexe, mais pas seulement…

La courtisane court toujours le risque d’être enceinte plus souvent que désiré. Bien sûr, les courtisanes connaissent les pratiques diverses pour éviter cet événement qui mène à ces produits abortifs hasardeux qui ont coûté la vie à Marion de Lorme à 37 ans.

La science de l’époque affirme que la femme qui ne ressent pas de plaisir au « combat vénérien[21] », ne donnera pas la semence féminine nécessaire à la fécondation. Ce qui l’oblige à être attentive au jet spermatique dont elle doit annuler l’effet, par exemple en retenant sa respiration, affirment les spécialistes… 

Et Ninon est précisément réputée pour sa retenue, ce qui la distingue d’une Marion de Lorme qui a avorté six ou sept fois et était considérée comme un peu trop fougueuse dans ses ébats, « naturellement lascive » dans le style de Tallemant qui l’oppose à Ninon qui « fait ça en assez honnête personne et n’en [prend) jamais trop ». Comprenons qu’elle reste lucide, ne prend pas trop de plaisir pour ne pas prendre trop de sperme. Preuve de sérieux professionnel aux yeux des contemporains.

Ninon a d’autres cordes à son arc. L’anecdote qui suit nous est connue par deux contemporains. Condé, duc d’Enghien, vaillant guerrier et grand stratège, semblait avoir moins de vigueur dans les jeux amoureux : « Le jeune prince fait pour la gloire la plus immortelle, l’était moins pour la volupté » dit Bret en 1751. Le duc rend visite à Ninon vers 1745, après sa victoire à Rocroy. 

Il semble bien ne pas avoir fait preuve d’une virilité conquérante. Ce qui a fait dire à Saint-Evremond, dans une lettre à Ninon : 

« Votre esprit, à son courage 

Qui paraissait abattu, 

Faisait retrouver l’usage 

De sa première vertu. 

Le charme de vos paroles 

Passait celui des Espagnoles

A ranimer tous les sens

Des amoureux languissants. »

 

Disons, en restant pudique, que la sensualité de Ninon pour ranimer son amant ne se limitait pas à diverses manipulations mais passait aussi par la conversation et la voix. C’est que le plaisir selon Ninon prend sa source dans un désir qui se prolonge. Une soirée avec Ninon commence par une conversation qui dure autant qu’on en a envie, se poursuit par un souper plus ou moins long ou abrégé selon les uns ou les autres et se poursuit au lit, dernière étape du processus.

Ninon fait naître chez son partenaire le désir d’un plaisir partagé, -ce qui n’est l’obsession ni des maris ni des amants de cette époque- 

Le fait est si rare que Bussy-Rabutin rapporte l’émotion de Charles de Sévigné qui se félicite du plaisir qu’il a donné à sa maîtresse[22]

Ninon, d’âme et de corps : vers un adoucissement des relations amoureuses

Le charme de Ninon est sans doute là, dans cet entre-deux du corps et de l’esprit où, par des caresses et des paroles s’aiguisent mutuellement le désir commun …

Laissons-là les caresses ; les textes aussi anciens qu’ils soient, les fresques de Pompéi, les sculptures érotiques des temples de Khajuraho (Inde, autour du Xème siècle), les chapiteaux des églises romanes[23]nous montrent que l’imagination des couples n’a pas de limites et diffèrent par le nombre des participants et la complexité des enchevêtrements !

Mais le discours qui escorte les ébats ? Il est d’abord d’une crudité absolue et accompagne les jeux du corps de la même brutalité. Les femmes ne sont pas inactives et, note Bussy-Rabutin dans son Histoire amoureuse des Gaules, « ne veulent pas languir dans l’oisiveté » et font parfois « plus de la moitié du chemin » !  La situation semble évoluer à la fin des guerres de religion puis s’accentuer après la Fronde (1653), une fois la paix revenue. 

Si aucun scribe n’a noté les gémissements, feulements ou langage articulé qui accompagnaient la conjonction des chairs -pour parler comme ceux qui condamnaient ces exercices- il existe heureusement des romans qui évoquent sans sourdine le langage de l’amour[24]et son évolution. 

 

Les qualités qu’on célèbre chez Ninon ne doivent donc pas seulement à son tempérament. Dès le début du siècle, se fait jour un désir de civilité, de tendresse qu’elle ne pouvait ignorer, à tel point qu’on suppose qu’elle a pu collaborer avec l’un des auteurs dont on va parler. 

Par ailleurs, la vogue des salons va diffuser et approfondir ce mouvement dont l’objet n’est pas moins que rapprocher les sensibilités des hommes et des femmes.

 

 

Voyage aux sources de Ninon

 

Une certaine ambiance 

Rappelons tout d’abord un certain état d’esprit qui traverse le siècle. 

Les guerres civiles se terminent avec l’Édit de Nantes et l’avènement d’Henri IV. Mais le roi, comme les Gascons qui l’accompagnent, ont la galanterie expéditive et brutale.  

Grivoiserie, gauloiserie, grossièreté…on choisira le terme qui convient pour caractériser certains aspects de ce siècle. Pour juger, voici quelques scènes. Jean Héroard, médecin du roi, note que le futur Louis XIII a pris l’habitude de certains des familiers d’Henri IV : taper les fesses des servantes, soulever les jupes des dames… 

 L’enfant s’amuse aussi à sortir son zizi et le faire embrasser par les courtisans présents au dîner du roi. 

Les spectacles sont aussi forts en goût : dans un ballet, un ramoneur, joué par un gentilhomme, chante : 

« Recevez-moi chez vous, 

J’y trouverai peut-être

Quelques trous à boucher. »

On est à la Cour, en présence du roi, de la reine et des princesses…

Bussy-Rabutin, dans son Histoire amoureuse des Gaules, ouvrage qui lui valut d’être embastillé puis exilé par Louis XIV, présente dès le début de son récit,  certaines femmes de la Cour qui n’hésitent pas à se jeter au cou de ceux qu’elles désirent : « […] comme la cour n'étoit remplie que de vieux cavaliers insensibles, ou de jeunes gens nés dans le bruit des armes et que ce métier avoit rendus brutaux, cela avoit fait la plupart des dames un peu moins modestes qu'autrefois, et, voyant qu'elles eussent langui dans l'oisiveté si elles n'eussent fait des avances, ou du moins si elles eussent été cruelles, il y en avoit beaucoup de pitoyables, et quelques-unes d'effrontées ». Il poursuit par le portrait vitriolé de Mme d’Olonnes à qui un prétendant fait la cour et dont le succès est assuré : « il n'eut pas le loisir de soupirer pour des charmes qui avoient fait deux ans durant tous les souhaits de toute la cour ». 

Et même le « grand Corneille », à la mine sévère, est dans la disposition de l’époque. Il est amoureux de la célèbre comédienne de Molière avant d’être celle de Racine –et la maîtresse de l’un et de l’autre- Marquise Du Parc. Mais il a 52 ans et craint, lui avoue-t-il, si, par extraordinaire, elle cède, de ne pouvoir assumer le féminin désir et d’en faire « guère en beaucoup de temps ». Il ajoute

 Il faut donc que je m’évertue. 

Que je me débatte et remue,

Que je pousse de tout mon mieux.

Dussé-je en crever à vos yeux,

Aux grands coups on voit les grands hommes. »

On imagine la tête de Chimène …

Poursuivons par une anecdote qui montre bien que les relations sexuelles valent peut-être moins pour elles-mêmes que pour le plaisir qu’on peut en tirer à les raconter aux copains. C’est à nouveau Tallemant qui parle : « Le duc de Guise ayant recherché une dame fort longtemps et enfin étant couché avec elle le matin de bonne heure, il avait de l’inquiétude, et ne faisait que se tourner de côté et d’autre ; elle lui demanda ce qu’il avait : C’est, dit-il, que je voudrais déjà être levé pour l’aller dire ».

 

Certaines œuvres littéraires et la vie intellectuelle qui règne dans les salons vont affronter cet état d’esprit dominant.

 

La littérature

La reine et son gascon

Évoquons d’abord la Reine. Marguerite de Navarre (1553-1615), la reine Margot, grande séductrice devant l’Éternel. Elle est l’auteur d’un dialogue d’une quinzaine de pages intitulé La ruelle[25]mal assortie ou entretien d’une dame éloquente avec un cavalier gascon plus beau de corps que d’esprit[…]. L’œuvre ne sera imprimée qu’en 1644 (Ninon a alors 18 ans). Précisons que l’amant est un Gascon, sans doute de l’entourage du futur Henri IV. Le détail est d’importance : les Gascons autour du Roi de Navarre passaient pour des modèles de rustres, mal dégrossis, incapables de quelque délicatesse.

Dans cette petite satire, Margot qui se met en scène elle-même, querelle sans ménagement son amant qui ne pense qu’à satisfaire de « brutaux désirs », et répond par des phrases brèves aux discours amoureux et précieux de sa maîtresse.

Elle l’accuse de ne penser qu’à la copulation…ce qui lui attire cette réponse du Gascon : « Sans cela, le reste est jeu de petit enfant ». Margot est cinglante : « Ainsi le tiennent les grossiers et ignorants comme vous, qui, […] veulent venir aussitôt aux prises, interrompant mille petites délicatesses qui s’éprouvent en l’entretien et communication des esprits ». 

Bref, le Gascon, comme beaucoup d’autres, ignorent les préliminaires, verbaux en particulier. Mais Margot est bonne fille, et admet qu’elle a tort de vouloir le faire parler : « il faut occuper désormais votre bouche à un autre usage » et « en tirer quelque autre douceur », […] Recherchons d’entre un nombre infini de baisers diversifiés, lequel sera le plus savoureux » ! 

La recherche est visiblement fructueuse : « Cela me ravit et il n’y a sur moi petite partie qui n’y participe ». La belle Margot n’oublie pas son goût pour l’ironie et conclut ainsi son dialogue : « Si beau que soit le discours, cet ébattement le surpasse et on peut dire sans se tromper qu’il n’y a rien de si doux, si ce n’est qu’il est si court » !

Cette charmante satire de Marguerite de Navarre[26]est imprimée pour la première fois par Charles Sorel. Celui-ci est l’auteur en 1623 de l’Histoire comique de Francion.

 

Francion et Raymond

Il s’agit d’un roman au style dru, très enlevé, fort critique envers la noblesse et la religion, parcouru d’intrigues diverses. Ce type de roman touffu, qu’on appellera plus tard roman baroque, nous intéresse par un passage qui se déroule pendant une orgie ou deux amis prennent le temps de deviser de l’amour et de sa pratique. Raymond, l’organisateur de la petite fête « ne parle que de foutre » et ne comprend pas que son ami Francion le querelle sur son vocabulaire jugé grossier alors qu’il trouve légitime de foutreen toute liberté. Francion pense au contraire que le langage dont on use ne doit pas être vulgaire, que les mots doivent révéler la qualité des hommes qui se distinguent ainsi des brutes. « Certes, nous mettons tous à la fin nos chevilles dans un même trou », mais les individus rustiques « n’apportent pas les mêmes mignardises». En bref, faire l’amour, c’est s’engager à la fois par le corps et par l’esprit, et le langage pense et dit cette union. 

Ninon ne disait pas autre chose. 

 

Suzanne et Fanchon 

C’est également la conclusion qui se dégage de L’Ecole des Filles(1655) qui réunit une jeune femme Suzanne et sa cousine Fanchon. La première répond aux inquiétudes très précisément formulées par la seconde pour la rassurer et l’informer des bonnes pratiques sexuelles aptes à avoir et à donner du plaisir. Les 300 exemplaires de l’ouvrage, paru anonymement ont immédiatement été saisis et détruits et son auteur présumé Michel Millot dut s’enfuir. Il est possible que Ninon ait participer à l’écriture de cette œuvre.

Suzanne apprend ainsi à Fanchon qu’il y a « cent mille désirs en amour qui précèdent la conclusion [qu’il faut] goûter en leur temps avec loisir et attention ». Jolie définition des préliminaires amoureux. 

Suzanne insiste sur le discours amoureux, dans un style apte à être compris de sa jeune et curieuse cousine : « […] tandis qu’il remuera sur toi, dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte […]. Appelle-le ton cœur, ton âme et ta vie. Dis-lui que tu es bien aise et applique tout ton esprit à la pensée de votre besogne ». Et elle lui conseille de moduler sa voix : il y a des « hélasou ah qui sont faits si à propos qu’ils percent l’âme de douceur […] car nous faisons ceci, non pas comme les bêtes par brutalité et par nécessité, mais par amour et par connaissance de cause». 

Comme Suzanne, comme Francion, Ninon est professeur d’amour.

 

Les salons

Un espace féminin

Ninon tenait salon, recevait ses amis, d’abord des libertins athées ou presque, puis des hommes de lettres, voire un ministre ou encore, quand on aura oublié ses débuts, des dames de la bonnesociété. Son salon était un peu particulier, eu égard à la personnalité de l’hôtesse mais n’était pas le premier. Il faut dire quelques mots sur l’effet que ces salons ont eu sur les relations hommes-femmes. Ils nous permettront de comprendre la situation de Ninon dans la deuxième période de sa vie.

Les hommes, plus intéressés par les activités de prédation -chasse, guerre, copulation rapide- ne s’intéressaient pas aux salons qui étaient tenus par des épouses à qui certains maris laissaient cette liberté, de riches veuves qui ne devaient rendre compte à personne, des aristocrates de haut rang qui n’écoutaient que leur volonté. Il faut préciser que les salons sont nés de la grossièreté qui régnait à la cour d’Henri IV selon Mme de Rambouillet qui créa le premier salon dans son hôtel en 1608, puis de l’éclipse de cette même cour durant le règne de Louis XIII, roi falot qui n’aimait pas les femmes.

 

Un espace de savoirs

Comme préliminaire, évoquons ce degré zéro de la considération que portent les hommes envers les femmes, mis en valeur par Molière dans Les femmes savantes (II,7). Femmes à qui on ne demande que de distinguer une veste d’une culotte : 

"Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés,

Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez,

Quand la capacité de son esprit se hausse

À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausses.[27]"

Et en effet, au début du siècle, Mlle de Gournay, fille adoptive de Montaigne, met en cause, dans son Égalité des hommes et des femmes(1622) « la seule félicité, les vertus souveraines » que les hommes veulent accorder aux femmes : « ignorer, faire le sot et servir ». 

On comprend que l’ambition des salons défie la raison. Il s’agit de donner aux femmes « le droit à la considération, à l’indépendance, à l’amour et au savoir[28]».

Comment tenir un salon sans aucune instruction[29]? Comment les dames qui initiaient la pratique du salon avaient-elles acquis l’art de la conversation, un minimum de culture, la pratique des bonnes manières… nécessaires pour donner au moins la réplique à des hommes de Cour sarcastiques, des écrivains, des poètes, des philosophes, plus tard des scientifiques ? 

Certaines avaient « volé » ces connaissances à leur entourage : telle écoutait les leçons de latin données à son frère (elle deviendra la gouvernante du jeune Louis XIV !) ; telle autre se faisait donner des cours en cachette ; d’autres, comme Ninon, se nourrissaient de toutes les discussions qui bruissaient autour d’elles.

 

La religion n’a jamais vu d’un bon œil les femmes intelligentes, mais en ce début du siècle, il faut contrer le protestantisme et ne pas oublier que les femmes sont avant tout des mères qui seront les institutrices de leurs enfants et sauront propager la foi catholique et les préserver des sermons protestants. Le Concile de Trente décide la création d’une école dans chaque paroisse. La première école pour filles -enfants et adolescentes- ouvre en 1598 en Lorraine. À la fin de son règne, Louis XIV, pour mieux implanter ces écoles qui diffusent le dogme catholique fait rétribuer les maîtresses (100 livres par an) et les maîtres (150 livres) ! 

Les femmes deviennent littéralement visibles et Descartes dès 1636 écrit le Discours de la méthodeen français –et non pas en latin comme c’était l’usage- pour se faire entendre du plus grand nombre et en particulier des femmes: « Commence avec Descartes […] la conviction qu’il faut adresser le discours philosophique aux femmes, que la conversation des femmes d’esprit est un mode d’approbation et de validation beaucoup plus important que tous les décrets des doctes » (Alain Badiou).

Les cours privés fleurissent et offrent aux dames avides de connaissances des cours de philosophie, d’anatomie, de physique, de chimie. 

En 1689, Fontenelle, dont l’œuvre annonce le siècle des Lumières publie son Entretien sur la pluralité des mondesen français et engage les femmes à se lancer dans l’étude des sciences.

 

Un espace mixte : « l’honnête liberté des hommes et des femmes »

Il faut souligner que cette promiscuité qui assemblait des hommes et des femmes étaient propre à la France. Un habitué des salons note qu’à un concert chez le duc de Parme, en Italie, les femmes étaient assises, « comme au sermon » : « On était là dans un grand silence, [il y aurait eu] plus de plaisir dans l’assemblée si l’honnête liberté des hommes avec les femmes y eût mêlé quelque conversation ».

 

Un espace sentimental

On aime, dans le salon de Mlle de Scudéry en particulier, raffiner sur l’analyse psychologique et distinguer mille sortes d’amour, d’amitié, de soupirs, etc. 

Paul Pellisson aime Sapho (surnom que s’est donné Mlle de Scudéry). Celle-ci n’est pas indifférente mais impose néanmoins six mois d’attente à Pellisson, qui se plaint. Et Sapho lui explique qu’elle distingue entre ses nouveaux amis, ses amis particuliers et ses tendres amis. Pellisson lui demande alors s’il y a loin de Particulier à Tendre et si une bonne diligence peut le conduire en moins de six mois… Langage alambiqué, certes, bien éloigné d’un moderne j’te plais, tu m’plais, où on se met?,mais qui conduira à faire le roman psychologique classique tel La Princesse de Clèves. En attendant, à partir de ces répliques improvisées, Sapho va imaginer la carte de Tendre qui aura un succès durable, support d’un imaginaire complexe où l’amoureux doit éviter le lac d’Indifférence, passer par les étapes obligatoires que sont les villages de Soumission, Petits-Soins[30], etc. S’il est persévérant, l’amoureux arrive enfin à Tendre où son amie l’attend… pour quelle récompense ? on ne sait, mais le chemin au-delà mène à la Mer dangereuse et aux Terres inconnues, jolies dénominations qui indiquent l’espace de la sexualité censément inconnu des jeunes filles. 

 

Un espace « féministe »: le mariage

À côté du salon de la marquise de Rambouillet, celui de Mlle de Scudéry se fait connaître par sa volonté d’épurer le langage, de retrouver une expression galante des sentiments amoureux mais aussi par des accents féministes que n’auraient pas reniés les suffragettes du XIXème siècle. Profitons-en pour revenir sur cette réputation de pruderie qui accompagne les précieuses, dont certaines tenaient sur l’amour des propos très libres[31].

En effet, les précieuses[32]haïssent le mariage qui, par la volonté des parents, les asservissent à un époux découvert le jour des noces et souvent bien plus âgé qu’elles. « L’amour peut aller au-delà du tombeau, mais il ne va guère au-delà du mariage », disait joliment Mlle de Scudéry. C’est pourquoi elles proposent le mariage à l’essai et l’union libre.

Et puisque la seule raison pour qu’un homme prenne femme, plutôt que de continuer à copuler deçà delà, c’est le désir d’avoir une descendance, elles demandent la rupture du mariage dès la naissance du premier enfant avec compensation financière pour la mère et garde de l’enfant par le père. 

Le succès des romans de Mlle de Scudéry, la multiplication des salons ne sont pas étrangers à la séparation des époux dont le nombre augmente au cours du siècle notamment dans la bourgeoisie. 

            

            Remarque : Peut-on parler de féminisme sans commettre une erreur qui nous ferait voir le passé avec les lunettes du présent ? Mais les précieuses, tout comme Ninon, n’ont pas une attitude qui engloberait toutes les femmes y compris, par exemple, l’immense majorité des paysannes illettrées. Leurs revendications concernent la frange aisée et cultivée de la population féminine. Une attitude semblable se voit chez Francion : il s’agit, par le langage et les bonnes manières, de se distinguer  des rustres sans culture. 

Quant à Ninon, une anecdote nous dit bien ce qu’elle fait de la solidarité féminine. Au cours d’une soirée, une de ses amies se prend de querelle avec une domestique et la gifle. Cette dernière se rebelle et tente de la frapper. Scandale. Ninon suggère qu’on la livre aux laquais qui la violeront à loisir. Tout le monde s’échauffe. La malheureuse domestique échappe au châtiment. Roger Duchêne, biographe de Ninon, qu’on sent bien gêné, écrit : « En conseillant le viol d’une autre femme, elle se venge inconsciemment des outrages qu’elle avait subis [dans sa jeunesse]. Elle considère comme rien une femme de charge. »

Il faut cependant ajouter qu’Olympe de Gouges –que la Révolution a guillotinée pour son ardent féminisme-  lui a rendu hommage dans une pièce écrite de 1788 : Molière chez Ninon, ou le siècle des grands hommes.

 

***

Dès avant la fin du siècle, il n’est plus utile de parader, la mine sombre, la main sur la garde de l’épée et de faire sonner ses éperons en claquant du talon sur le sol : c’est là une attitude de Matamore qui rend son homme ridicule.  Il ne s’agit plus d’imposer sa volonté ou son désir à un individu qui subira dans le duel ou le viol la loi du plus fort. La poigne de Richelieu, ministre de Louis XIII à partir de 1624, dont on disait qu’il ne gouvernait pas les sujets du roi mais les foudroyait, imposera de la modération dans les gestes comme dans les propos.

Le héros baroque du début du siècle, imbu de lui-même laisse place à l’honnête homme[33]qu’il est impératif d’être pour tenir son rang en société. Les ouvrages, très nombreux, traitant de l’art de la conversation, ou de morale imposent le respect de la femme comme un élément déterminant de la nouvelle sociabilité.

La volonté de puissance s’efface, ou plutôt, elle utilise d’autres chemins : la contrainte fondée sur la peur et la douleur laisse place à la persuasion fondée sur l’intelligence du discours. L’autre –femme ou homme- n’est plus à conquérir au pas de charge, mais un individu sociable avec qui il faut discuter, composer, pour obtenir son agrément.

Ninon de Lenclos a vécu longtemps (elle décède en 1705) et navigué sur un siècle tumultueux.

Son identité -femme, célibataire, pauvre-  lui traçait son destin. Mais elle a su l’accorder avec ce que le siècle a produit de meilleur : la finesse et la légèreté du propos, la culture sans arrogance, l’intelligence reconnue aux femmes… Le salon lui a permis d’exprimer ses talents par cet art de la conversation, qui culmine aux XVIIème et XVIIIème siècles en France au point que « les Français, éloignés de leur patrie se plaignaient d'être privés de son agrément[34] ».

Le siècle des Lumières n’a plus qu’à s’allumer : le siècle précédent lui a montré la voie[35].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biblio.

 

Tallemant des Réaux, Historiettes, Pléiade ; sur internet : https://www.atramenta.net/lire/historiettes/4381

Marguerite de Valois, La ruelle mal assortie, Sulliver, 2000

Ovide, L’art d’aimer, Folio, 1974

Olympe de Gouges, Molière chez Ninon ou le siècle des grands hommeshttps://fr.wikisource.org/wiki/Molière_chez_Ninon,_ou_le_siècle_des_grands_hommes

 

Roger Duchêne, Ninon de Lenclos, Fayard, 1984

Roger Duchêne, Honnêteté et vulgaritéhttps://www.theyliewedie.org/ressources/biblio/fr/Duchene_rene_-_Honnetete_et_vulgarite.html

Claude Dulong, La vie quotidienne des femmes au Grand siècle, Hachette, 1984

Claude Dulong, L’amour au XVIIème siècle, Hachette, 1969

Anne-Marie Lugan Dardigna, Ces dames au salon, Odile Jacob, 2014

 

 

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[1]Connu aujourd’hui sous le nom de Place des Vosges.

[2]Tallemant des Réaux, Historiettes, article Joueurs. Gallet emprunta à sa fille des bijoux qu’il lui avait offerts. Il les perdit au jeu. Et lui rendit de fausses parures.

[3]Tallemant des Réaux (1619-1692) est un informateur essentiel pour l’histoire du XVIIème siècle. D’Henri IV à Mme de Maintenon, nul n’échappe à ses récits vifs et mordants. 

[4]Elle est née en 1613, rue des Trois-Pavillons, où naquit également Ninon de Lenclos.

[5]On suppose, comme cela était fréquent, que les parents avaient donné à leur fille le même prénom porté par une sœur décédée trois ans plus tôt.

[6]En juin 1649, Coulon organisa une petite fête où les convives « dansèrent toute la nuit, et tous nus, portes closes » (Lettre du procureur Lenet à Condé). Il n’est pas interdit de penser que Ninon accompagnait son payeur .

[7]Châtillon l’inconstant, faisait partie de la bande du duc d’Enghien –le grand Condé- où l’on célébrait les « deux Vénus », comme on disait, dont celle de l’homosexualité. Ce n’est pas ce qui gênait Ninon.

[8]Une chansonnette circule dans Paris : « Et que Ninon la débauchée, /Ne voulant plus faire l’amour,/Se trouve aujourd’hui recherchée/Des plus dévotes de la cour,/Lustucru ? »

 Le jeu sur « l’eusses-tu cru ?» vient du personnage populaire de Lustucru dont l'origine remonterait à la Renaissance. Un forgeron maléfique souhaitait reforger, à sa façon, la tête des femmes acariâtres, rebelles, à grands coups de marteau.(<wikipedia)

 

[9]Anne d’Autriche règne, assistée de Mazarin en attendant la majorité de Louis XIV.

[10]« […] on appelle ses passants, ses caprices, et elle disoit, par exemple : « J’en suis à mon vingtième caprice » pour dire à mon vingtième galant. Durant sa passion, personne ne la voyoit que celui­ là ; il alloit bien d’autres gens chez elle, mais ce n’étoit que pour la conversation et quelquefois pour souper […] » 

[11]Le beau Navailles, futur duc et maréchal, tomba ainsi dans ses filets : « Un jour, au Cours, elle vit que le maréchal de Gramont obligea un homme bien fait, qui passoit à cheval, à se venir mettre dans son carrosse ; c’étoit Navailles, qui n’étoit pas encore marié : il lui plut ; elle llui envoie dire qu’elle seroit bien aise de lui parler à la sortie ; bref, elle l’emmena chez elle. Ils soupèrent ; après elle le conduit dans une chambre bien propre, lui dit, qu’il se couche, et qu’il aura bientôt compagnie ».

[12]La Compagnie du Saint-Sacrement se donne pour but d'instaurer un ordre moral  et veut "traquer les libraires libertins [...] combattre le jeu, abolir le duel [...] Poursuivre les juifs, les protestants[...]".

[13]À son emplacement, se trouve actuellement le lycée Turgot, rue de Turbigo (3èmearrondissement)

[14]Mme de Motteville, prude dame de compagnie d’Anne d’Autriche est indignée : « Elle se faisait servir par des hommes dans les heures les plus particulières de la nuit », « En présence du Roi, de la Reine et de toute la Cour, elle appuyait ses jambes sur des sièges aussi hauts que celui où elle était assise, et les laissait voir trop librement ».

[15]En 1658, Mlle de Scudéry, qu’on ne peut soupçonner de complaisance envers les libertins fait dans Clélieun portrait dithyrambique. 

[16]L’abbé finira évidemment par lui déclarer son désir et arguera que les plus grands saints étaient « affectueux ». C’est bien, dit Tallemant, l’original du Tartuffe de Molière.

[17]Le terme « mademoiselle » désigne au XVIIème s. une femme, mariée ou pas, de la petite noblesse ou de la bourgeoisie.

[18]Tallemant, toujours au courant de tout, affirme : «On dit qu’après tout cela, il ne lui fit qu’un pauvre coup »

[19]Obligé de quitter le pays, Gourville confie sa fortune à un religieux et à Ninon (10 000 écus à chacun). De retour, le religieux affirma n’avoir jamais reçu cet argent. Il se rend chez Ninon qui l’accueille ainsi : « Je vous plains si vous m’aimez encore… », Gourville tremble, « J’ai perdu l’amour que j’avais pour vous. Mais je n’ai pas perdu la mémoire ». Et elle lui rend la cassette ; cette histoire fit le tour de Paris et contribua grandement à la réputation de Ninon.

[20]Aspasie, écrit d’Alembert dans l’Encyclopédie « donnait des leçons de philosophie et d’éloquence à Socrate même ». Laïs fit tourner la tête à Diogène.

[21]Trésor des remèdes secrets pour les maladies des femmesde Jean Liebault (1585)

[22]… et qui ne manque pas d’ajouter, selon la courtoisie balbutiante de l’époque (Bussy-Rabutin estson cousin par alliance) : « Vous pouvez croire que ce n’est pas avec votre cousine, c’est avec Ninon.» On se rappelle peut-être que son père, Henri,  a jadis partagé l’affection de Ninon !

[24]On mentionnera le grand ancêtre, Ovide (43 avant JC-18 après JC) : « Que la femme sente le plaisir de Vénus l’abattre jusqu’au plus profonde de son être, et que la jouissance soit égale pour son amant et pour elle. Que les propos d’amour et les doux murmures ne s’interrompent jamais […] », (l’Art d’aimer). L’empereur Auguste l’exila sur les bords de la Mer Noire. La République italienne vient de le réhabiliter en décembre 2017 ! http://archive.wikiwix.com/cache/?url=https%3A%2F%2Fwww.la-croix.com%2FCulture%2FExile-sens-humour-voici-2000-ans-poete-Ovide-rehabilite-2017-12-19-1300900562

 

[25]À une époque où les pièces étaient indifférenciées, les dames recevaient dans leur chambre ; la ruelle est l’espace entre le lit et le mur.

[26]Bon, il faut bien l’avouer : on n’est pas bien sûr que Margot soit l’auteur de cette saynète. Lire la démonstration, convaincante, hélas, d’Eliane Viennot parue dans la Nouvelle Revue du Seizième Siècle, 10, 1992  Marguerite de Valois et La Ruelle mal assortie : une attribution erronée   (http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-MgV-LaRuelle.pdf). Charles Sorel fait partie de la liste des auteurs possibles!

[27]Cette idée se trouve déjà un siècle plus tôt dans les Essaisde Montaigne (du Pédantisme, Livre I, 24) : « « François, Duc de Bretaigne, fils de Jean cinquiesme, comme on luy parla de son mariage avec Isabeau, fille d'Escosse, et qu'on luy adjousta qu'elle avoit esté nourrie simplement et sans aucune instruction de Lettres, respondit qu'il l'en aymoit mieux, et qu'une femme estoit assez sçavante quand elle sçavoit mettre difference entre la chemise et le pourpoint de son mary »

[28]Claude Dulong, La Vie quotidienne des femmes au Grand siècle, Hachette, 1984.

[29]La nièce de Richelieu épouse à treize ans le duc d’Enghien. On s’aperçoit alors qu’elle ne sait pas lire. On l’expédie dans un couvent pour un apprentissage rapide pendant une campagne du mari.

[30]… à moins qu’il n’emprunte le fleuve Inclination -autre nom du désir- qui le mènera rapidement au point sensible de l’embouchure !

[31]Hortense de Villedieu adresse en vers à son amant, des déclarations jugées torrides pour l'époque : « Je meurs entre les bras de mon fidèle amant. Et c’est dans cette mort que je trouve la vie » Université de Rouen. « La préciosité : mariage à l’essai, union libre »

[32]… ainsi nommées parce qu’elles donnaient du prix à ce qui n’en a pas nécessairement. Le langage est chargé de rendre agréable ou surprenant ce qui est banal ou laid. La préciosité se caractérise par "un effort vers la distinction" (René Bray).

 

[33]Le Dictionnairede l’Académie française de 1694 (1èreédition) définit ainsi l’honnête homme : « Homme civil, courtois, poli. […] Homme de probité, comprend encore toutes les qualitez agreables qu'un homme peut avoir dans la vie civile. […], galant homme, homme de bonne conversation, de onne compagnie. »

[34]Mousseau Jacques. Un art en perdition : la conversation. In: Communication et langages, n°118,1998 

[35]Un dernier mot. Dans son testament, Ninon lègue 1000 livres au fils de son notaire nommé Arouet, pour que le petit puisse acheter des livres. L’enfant prendra le nom de Voltaire.