(2)      Olympe de Gouges

 Les révolutions ne sont pas tendres avec les femmes.

 

Marie-Olympe-de-Gouges

 

« La moitié du genre humain », comme l'écrivait Condorcet en 1787, reste à la place que lui désigne une tradition que les révolutionnaires ne remettent pas en question ... sauf quand il s'agit de rallier des citoyens- même femmes- pour faire nombre, acclamer, huer, grossir une émeute... La victoire acquise, la femme doit à nouveau obéissance et soumission.

 

 

Olympe de Gouges est née en 1748 à Montauban des amours de sa mère et du marquis Le Franc de Pompignan, farouchement anti-voltairien. On ne lui donne pas d'éducation et elle est fiancée à 16 ans à un vieillard de soixante ans qui a la délicatesse de mourir rapidement. Un garçon était né de cette belle union, dont elle s'occupera constamment et qui la reniera quand elle montera sur l'échafaud.

 

De son veuvage, elle tire outre une certaine aisance financière, une vie libre et joyeuse, la détermination de rester célibataire et une pièce de théâtre, La Nécessité du divorce

 

 En 1785, elle tente de faire jouer une pièce étonnamment moderne où elle condamne le racisme et le colonialisme qui sévissent dans les Antilles. En 1788, elle publie une Lettre au peupleoù elle souligne l'extrême pauvreté des uns et l'arrogante richesse des autres et promet pour bientôt la révolte des misérables. C'était en décembre, huit mois avant la prise de la Bastille.

 

Jamais à court d'idées généreuses, elle imagine l'ISF qu'elle nomme « impôt sur le luxe effréné », demande l'ouverture de maternités, exige une aide pour les chômeurs,  la participation des femmes à la vie citoyenne, propose une réforme de la justice... Mirabeau dira d'elle qu'elle a « des fusées dans la tête ».

 

Le 28 octobre 1791, elle dépose à l'Assemblée une proposition, la « Déclaration des droits de la femme et de la Citoyenne » qui établit une égalité stricte entre hommes et femmes. « La femme a le droit de monter à l'échafaud, dit-elle, elle doit avoir le droit de monter à la tribune ».  La proposition est dédaignée par les députés qui deux ans plus tard accuseront les femmes de fomenter des émeutes sur la voie publique et interdiront les sociétés révolutionnaires féminines qui s'étaient créées. 

 Olympe est farouchement opposée à la violence et à la peine de mort : « Le sang, même des coupables, versé avec profusion et cruauté, souille éternellement les révolutions ». Elle appartient au groupe des Girondins, opposé aux Montagnards de Robespierre, qu'ils soupçonnent de vouloir exercer un pouvoir sans limite. Olympe ne prend pas de précautions, fait afficher dans Paris un texte où elle accuse Robespierre de vouloir se « frayer un chemin sur des monceaux de morts » et  en appelle au peuple pour arrêter sa folie homicide...

 

Son dernier affichage lui sera fatal. Il s'agit d'une réflexion sur la forme du gouvernement : elle propose que dans chaque département les électeurs, hommes et femmes, votent sur le choix d'un gouvernement fédéral ou centralisé. Elle est dénoncée et emprisonnée sans délai.

 On l'accuse de s'opposer à la « République une et indivisible », gouvernée depuis Paris et de défendre la diversité des provinces qui mènerait à la guerre civile. 

 Ses amis Girondins sont exécutés. 

 Elle subit le même sort, bien qu'elle soit enceinte, le 3 novembre 1793.