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16 Ninon de Lenclos, prostituée et philosophe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Episode 1 Les débuts dans la vie

Ninon de Lenclos a neuf ans lorsque son père, violent et souteneur à ses heures se rend coupable d’un meurtre et fuit Paris. Elle ne le reverra plus.

Celui-ci a quand même pris le temps de lui apprendre le luth. Elle danse joliment, aurait lu Montaigne à douze ans et appris l’italien et l’espagnol ! 

Après le départ du père, la situation financière s’assombrit. Mme de Lenclos laissa donc sa fille se produire comme musicienne et danseuse dans les salons avoisinant la Place Royale. 

Au XVIIème siècle, il était clair que cette activité professionnelle–danse et chant- destinait une jeune fille pauvre à la prostitution. C’était un destin assuré.

C’est sans doute sa mère qui traita directement vers 1641 avec le premier client de Ninon, Jean Coulon, conseiller au Parlement de Paris. Elle a dix-huit ans en en 1638, et bénéficie désormais d’un protecteur riche et influent.

 

 

Gaspard_IV_de_Coligny,_duc_de_Châtillon_1620-1649

Ninon est aussi une sentimentale…parfois… Son aventure avec Gaspard de Châtillon-Coligny, marquis d'Andelot est intéressanteElle a dix-neuf ans, a repéré le marquis et ne tient pas à perdre du temps. Elle lui donne rendez-vous, puis tout ce qu’il désire. Châtillon l’abandonne peu après. Elle le fait revenir. Il obéit. Puis part à nouveau[1]

Ninon a compris : elle se tiendra désormais à l’écart des peines de cœur. Elle sera ainsi « plutôt d'humeur à quitter qu'à être quittée » (Tallemant).

La tristesse amoureuse passera vite : le marquis, fort bel homme, manquait néanmoins des qualités qui charmaient Ninon autant que les ravissements du lit :  la courtoisie séductrice, la conversation galante, le plaisir des mots. 

 En 1642 et 43, meurent Richelieu puis Louis XIII. La Régence commence. 

Les libertines, dont Ninon, se réjouissent. Les fêtes coquines se succèdent. 

 

 Budget, sexe et sentiments

Bientôt Ninon donne un co-équipier à Coulon : le comte d’Aubijoux devient aux yeux de tous le deuxième amant-payeur de la jeune femme reconnue comme une courtisane professionnelle.

Profession rentable : on peut supposer que Coulon et d’Aubijoux fournissent à Ninon un total de 1000 livres par mois. Il s’agit donc de 12000 livres par an. Pour comparaison, Racine reçoit du roi en 1664 une pension de 600 livres et Corneille de 2000 livres par an. En 1674, Madame de Maintenon dira qu’on peut avec cette somme de 12000 livres vivre largement avoir une douzaine de domestiques, et en consacrer 3000 en petits plaisirs comme le jeu ou les spectacles… 

 

Ninon en prenant un deuxième payeur se distingue socialement des « mignonnes », misérables femmes de plaisir à trois ou quatre livres la passe. 

L’arrivée de d’Aubijoux dans l’intimité de Ninon est également favorable à sa promotion sociale : il est « bien né », lieutenant du Roi en Languedoc ; grand, bel homme et bénéficie de 40 000 livres de rentes. Comment résister ? 

Elle organise sa vie économico-sentimentalo-sexuelle avec rigueur : « On a distingué ses amants en trois classes : les payeurs dont elle ne se souciait guère, et qu’elle n’a soufferts que jusqu’à ce qu’elle ait eu de quoi s’en passer ; les martyrs et les favoris. Elle disait qu’elle aimait bien les blonds, mais qu’ils n’étaient pas si amoureux que les bruns ». 

Les payeurs paient, c’est leur nature. Sont-ils payés de retour ? pas toujours. Avec l’expérience et la notoriété, Ninon fait jouer les rivalités, se refuse, impose le moment de son bon plaisir. Et le payeur attend…

Le martyr a le droit de gémir, mais avec goût et discrétion. Certains auront leur récompense. D’autres rien, jamais, mais resteront d’excellents et sincères amis.

Le favori voit un jour le regard de Ninon tomber sur lui. Un regard tendre sans doute mais surtout impératif. Et l’heureux homme reste le favori… pendant trois mois. Mais il avait été prévenu : « Je crois que je t’aimerai trois mois, c’est l’infini pour moi », a-t-elle dit à l’un d’eux. Le favori n’a pas vocation à ouvrir sa bourse, mais, à l’occasion, rien ne lui interdit de faire un cadeau…

Le caprice, c’est un coup de folie, une passade, l’objet d’un désir violent et bon à croquer quasiment dans

Philippe duc de Navailles

l’instant.  Le beau Navailles, futur duc et maréchal, tomba ainsi dans ses filets.  Un jour, elle le vit ; il lui plut ; « elle lui envoie dire qu’elle serait bien aise de lui parler; bref, elle l’emmena chez elle. Ils soupèrent ; après elle le conduit dans une chambre bien propre, lui dit, qu’il se couche, et qu’il aura bientôt compagnie».

 

A SUIVRE  EPISODE 2 : Bonheurs et catastrophe

                                          Une idylle

                                          Ninon en prison, avec Christine de Suède !

                                          

 



[1]Châtillon l’inconstant, faisait partie de la bande du duc d’Enghien –le grand Condé- où l’on célébrait les « deux Vénus », comme on disait, dont celle de l’homosexualité. Ce n’est pas ce qui gênait Ninon.