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 Marie de Lorme est la cinquième des douze enfants qu’auront ses parents. Elle naît le 3 octobre 1613 à Paris, dans la demeure des grands-parents maternels, dans le Marais, rue Elzévir où sa mère allait ponctuellement accoucher, presque chaque année. 

 

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Le château familial se trouve à Baye, près d’Epernay. La jeunesse  de Marie est sans souci dans une famille aisée : le père, catholique austère et même dévot est trésorier général en Champagne et chargé de diverses missions qui l’obligent à de fréquents voyages. Marie, plus portée sur la danse que sur les études a dû s’ennuyer… 

Elle a de la sympathie pour Alais de Baulieu, son jeune maître d’écriture que ses parents ont imprudemment placé près d’elle. Il a écrit un roman pastoral à la manière d’Honoré d’Urfé, et même des poèmes qu’il montre à Marie. Parmi ceux-ci un dialogue entre deux personnages attire son attention : elle y sent l’écho d’une histoire vécue. Le jeune homme ne se fait pas prier pour dévoiler l’identité du premier : il s’agit de Théophile de Viau – poète qui ne se trouve certainement pas dans la bibliothèque paternelle- puisque, lui dit le jeune homme, il a été condamné par l’Église pour impiété et est mort après être sorti de prison.

Quant au second personnage, c’est l’ami intime du jeune maître. Il s’appelle Jacques des Barreaux (1599-1673). Immédiatement, Marie désire le rencontrer. Alais de Baulieu, qui a partagé les aventures de des Barreaux, est tout à fait disposé à le faire venir… mais il faut l’accord du père. Par chance, celui-ci ne connaît pas la réputation libertine et la charge de conseiller au Parlement de Paris[1]que des Barreaux a achetée est apte à entraîner une décision favorable –il y voit sans doute l’occasion de marier une de ses nombreuses filles. 

 

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Le pauvre homme ne sait pas que le surnom de des Barreaux est L’illustre Débauché, dont la pensée très critique envers la religion suit celle d’un de ses parents, pendu en place de Grève en 1574. 

 Il s’est déjà fait remarquer par divers scandales, notamment lorsqu’il a jeté à terre la calotte d’un prêtre en procession, en lui disant de se découvrir devant son créateur. Ce jour-là, il avait échappé de peu au lynchage ! 

Il a écrit quelques poèmes retentissants où il nie l’immortalité de l’âme et vante une vie consacrée à l’insouciance et aux plaisirs. Marie est sensible à cette profession de foi … qui risque de mener son auteur au bûcher ! Le poème Sur la mort est de ceux-là :

« Mortel, qui que tu sois, n'aye plus à frémir

De l'horreur de la mort et de la sépulture.

Ce n'est qu'un doux repos où tombe la Nature, 

Dont l'insensible estat ne doit faire gémir. »

 Un jour de Vendredi saint où la consommation de la viande est strictement interdite, il entre dans une auberge avec un ami et réclame un repas. L’aubergiste a peu d’ingrédients, il peut lui faire une omelette. Colère et menaces de des Barreaux qui exige qu’on agrémente l’omelette de lardons. Dans le silence qui a gagné la salle, on attend le plat. Dehors, la pluie se fait plus forte, l’orage gronde, des éclairs déchirent le ciel. Dans l’auberge, on prie pour ne pas être englouti par la colère de Dieu. 

Enfin l’aubergiste apporte l’omelette. Des Barreaux prend l’assiette, se lève,  ouvre la fenêtre et, dans le fracas du tonnerre, hurle : « Voilà bien du bruit pour une méchante omelette au lard ! »

 Voici des Barreaux dans la place. Quant à Marie, elle a vingt ans et va avoir l’occasion d’exercer son désir de liberté.

Ses deux sœurs aînées qui ont vécu à Paris connaissent le jeune homme de réputation. Elles entreprennent de surveiller la petite sœur, avec peut-être des intentions peu avouables. 

L’intrigue amoureuse se noue, les rendez-vous se succèdent. Visiblement, les deux jeunes gens s’entendent, trop bien au gré des sœurs qui ouvrent les yeux de leur père. À moins que celui-ci, d’abord flatté qu’un conseiller au Parlement de Paris s’intéresse à une famille de la petite noblesse de robe, n’ait demandé à ses amis parisiens des renseignements sur le soupirant. Toujours est-il que des Barreaux et son ami Alais de Baulieu sont proprement mis à la porte par le baron de Baye.

Les amoureux trouvant toujours une main compatissante, notre petit couple peut s’échanger des lettres enflammées. Les amis de des Barreaux s’étonnent et se moquent qu’un libertin comme lui puisse soupirer d’amour et être devenu si constant dans la passion. Il fait tant qu’il revient secrètement à Baye et voit Marie à l’abri des indiscrets… 

Bien sûr, des générations de curieux et d’historiens se sont demandé ce qui a bien pu se passer. La réponse est peut-être dans ce poème intitulé clairement Jouissance imparfaite. La séance est d'abord prometteuse :

"Elle était toute nue dans mes bras impatients,

Moi rempli d'amour, elle, tous charmes vibrants,

[...]

Sa langue agile, ce moindre éclair de l'amour, joue

Dedans ma bouche; et à mon esprit tout à coup

Dépêche les ordres de préparer l'envoi

De ce coup de foudre qui s'épandra plus bas."

 

Mais l'émotion du jeune homme, pourtant expert à cet exercice, est trop grande :

"Je m'épands tout entier en liquides transports,

Et me fonds en sperme et sue par tous les pores."

 

La jeune Marion n'est pas désarçonnée:

"Souriante et murmurant douces remontrances, 

De son corps elle essuie les moites jouissances;

[...] Elle s'écrie alors: "Est-ce déjà la fin? "

 

Des Barreaux, d’une ejaculatio praecox –comme on disait pudiquement en latin ! 

Il aura l’occasion de se remettre. Profitant d’une absence paternelle, Marie cache son amoureux ardent dans le château et on montrait jadis la porte par laquelle il la rejoignait. 

Enfin, des Barreaux exulte :

« J’Marion BN Inconnu XVIIéteins dans son beau sein le feu de mes désirs.

Après cette illustre victoire,

Dans ces transports délicieux,

Je meurs, je ressuscite, ô grand maître des dieux,

Amour, que j’ai par toi de plaisir et gloire ! » 

 

 

Le père de Lorme, alerté on ne sait comment [2], rapatrie sa fille à Paris où il pense la garder serrée. Peine perdue. Les amants se retrouvent chez des Barreaux. Les retrouvailles se succédant, Marie est enceinte mais le géniteur lui apprend les manœuvres abortives dont elle aura plusieurs fois l’usage dans sa carrière puisque, comme l’écrit Tallemant des Réaux : « Elle était lascive et concevait facilement » [3]

Le 13 juillet 1639, M. de Lorme meurt. Un autre épisode commence pour Marie avec une mère croyante, certes, mais étonnamment indulgente sur la source des revenus de sa fille. 

 

 

 

Des Barreaux célèbre le décès du père par ce vers qui manque certes d’empathie : « Et la mort d’un seul homme a sauvé deux vivants ».

 

 Des Barreaux ouvre à Marie, qu’on appelle désormais Marion, l’accès aux meilleurs salons. Sa beauté est exceptionnelle et elle ne tarde pas à drainer une compagnie de soupirants dont l’un attire ses regards (comprenons ses désirs, Marion est une joyeuse luronne -qui résiste à tout sauf à la tentation, selon le mot d’Oscar Wilde-. Le bel élu est Henri Coëffier de Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq-Mars[4]. Il est né en 1620 et à la charge de Grand Ecuyer auprès de Louis XIII. 

Cinq-Mars

En le distinguant, Marion ne peut savoir qu’elle va s’attirer la colère des deux hommes qui dominent le royaume : le roi et Richelieu. C’est que Cinq-Mars ne doit pas sa place à la cour à ses seules qualités. Il n’a pas seulement été choisi par le cardinal pour divertir le roi qui a l’humeur sombre et mélancolique. « Il faisait faire débauche au roi, on dansait, on buvait […] » écrit Tallemant des Réaux[5], mais aussi pour rapporter au Ministre tout ce que le premier valet de chambre, son espion habituel auprès du souverain, aurait pu laisser échapper. Et comme le valet rapporte mieux que le marquis, Richelieu n’est pas satisfait, d’autant plus que le petit Cinq-Mars, mécontent d’être doublé par un valet, le fait congédier, s’attirant les foudres du maître. 

 



Louis_XIII_(de_Champaigne)Par  ailleurs, la situation évolue vite entre le souverain et son favori. Tallemant, mauvaise langue, mais bien informé, rapporte que le roi s’étant un jour mis au lit de bonne heure, « il envoya déshabiller Monsieur le Grand qui revint paré comme une épousée : « Couche-toi, couche-toi, lui dit-il d’impatience » … Les relations qui vont s’établir entre Cinq-Mars et Marion ne sont pas pour plaire au souverain !

 

Quant au cardinal, qui voulait tout savoir sur tout le monde, il a peut-être eu l’intention de faire espionner Cinq-Mars par Marion. Toujours est-il que la beauté féminine l’échauffait ; la rumeur en bruissait dans Paris. Il fit si bien que Marion se rendit deux fois chez lui. Tallemant, toujours lui, écrit sobrement, moitié en italien pour embellir son propos (?) : « Il la baisa due volte [deux fois] ». Marion, qui s’estimait à plus haut prix, refusa les cent pistoles qu’il lui fit apporter par son valet. L’histoire fit rire tout le Marais.

 

Des Barreaux , l’infidèle libertin était sincèrement attachée à Marion et souffre comme un jouvenceau. Mais Marion n’a pas l’habitude de regarder en arrière et laisse Cinq-Mars pousser sa botte. Les deux amants finirent par parler mariage – mariage clandestin, s’entend, Monsieur le Grand ne pouvant épouser une femme qui passe pour une courtisane. Les puissants en sont jaloux : Louis XIII veut Cinq-Mars constamment à ses côtés[6], Richelieu enrage de voir le jeune homme oublier son travail d’espion auprès du roi et quitter toutes les nuits Saint-Germain pour retrouver sa belle parisienne. Il écume aussi de le voir profiter des charmes de la jeune femme sans bourse délier. 

Richelieu intervint auprès de la maréchale d’Effiat, mère de Cinq-Mars. Celle-ci saisit le Parlement qui fit défense de ce mariage. Marion fut même décrétée de prise de corps. 

L’affaire n’alla pas plus loin. Le roi en profita pour signer le 19 novembre 1639 un arrêté demandé depuis longtemps par Rome pour interdire les mariages clandestins. Une semaine plus tard, tout s’apaisait (voir note 6) !

Le roi, depuis toujours timoré avec les femmes craignait par-dessus tout de rencontrer Marion dans un salon parisien, d’autant plus que la liaison de la jeune femme avec Cinq-Mars, jointe à «sa beauté rayonnante, grâce sans laquelle une fête parisienne n’a pas tout son éclat [7] » lui ouvraient les meilleurs maisons [8]. 

 

Entre temps, les relations se sont tendus entre Cinq-Mars et Richelieu. Ce deRichelieu,_por_Philippe_de_Champaigne_(detalle)rnier, qui le juge inexpérimenté pour diriger les troupes au siège d’Arras a tranché en sa défaveur et contre l’avis du roi.. 

 

Cinq-Mars en ressent une forte humiliation qui le mènera à sa perte. Il se lie ainsi à l’éternel conjuré, Gaston d’Orléans, frère du roi, qui veut renverser Richelieu et rétablir le pouvoir des princes contre l’absolutisme royal. Cinq-Mars signe un traité avec l’Espagne qui lui assure une force de 12000 soldats et 5000 cavaliers pour mener à bien son entreprise. Le traité tombe entre les mains des espions du cardinal. Cinq-Mars est arrêté, jugé pour haute trahison, condamné et prestement exécuté le 12 septembre 1642. 

Pour Marion, il rejoint le cimetière des amours mortes : il y a tant de beaux cavaliers qui caracolent sur la Place Royale.

Louis XIII aura cette oraison funèbre, touillant sa confiture dans une bassine[9] : « L’âme de Cinq-Mars était aussi noire que le cul de ce poêlon ». 

 C’étaient peut-être là les plus belles années de Marion qui, à la mort de Cinq-Mars n’a plus que huit années à vivre.

 

En 1642, elle occupait avec sa mère [10] un pavillon de la Place Royale qu’on a identifié avec le numéro 11 de la place des Vosges actuelle [11].

11P Royale

 

 Marion n’avait pas le goût du veuvage. Un jour, lassée d’attendre qu’un prétendant se présente, elle envoya sa femme de chambre avec une convocation pour le comte de

Miossens César_Phoebus_d'Albret_(1614-1676)

Miossens, solide gaillard qui occupa Marion quelque temps, après quoi fatiguée d’un homme sans esprit, elle le laissa « faire galanterie » chez Ninon de Lenclos.

 

 

 



 

Au printemps 1643, deux débauchés d’envergure, Gaspard de Coligny, marquis d’Andelot, et

Gaspard_IV_de_Coligny,_duc_de_Châtillon_1620-1649

son compagnon, le comte de Chavagnac, gentilshommes huguenots dont l’intérêt se porte sur la guerre, le vin et les femmes, se présentent chez Marion sans prévenir, assurés qu’ils sont de passer le reste de la journée dans son lit. Mais Marion refuse, ils insistent, et ils entendent avec stupéfaction Mlle de Lorme leur dire qu’à la suite d’une grave maladie, elle avait fait vœu de ne plus mener une vie dissolue … à moins que … à moins que… peut-être … si les deux hommes acceptaient de se convertir à la foi catholique … elle pourrait leur ouvrir les bras …

L’attitude de Marion étonne. Ses amis s’amusent, les autres s’indignent. Des vers plaisants, et anonymes, courent dans Paris :

« De vos amants, divine Marion,

Ne vous mêlez de la religion,

Qu’ils soient papistes ou qu’ils soient huguenots,

S’ils baisent bien,

Qu’importe de Coetquen[12]

Ou bien de d’Andelot ?[13] »

Les deux hommes se prennent au jeu. Ils n’ont jamais baissé pavillon devant une conquête et le faire face à Marion de Lorme, ce serait se couvrir de ridicule.

Le baptême de conversion fit scandale. Le marquis d’Andelot se vit déshérité mais récompensé par Marion durant plusieurs mois, jusqu’à ce qu’il se lasse et passe comme Miossens de son lit à celui de Ninon. Qu’il quitta d’ailleurs rapidement pour épouser Isabelle-Angélique de Montmorency, riche héritière dont la mère est une fervente catholique. Certains disent qu’en acceptant la proposition de Marion, le marquis huguenot pensait à son avenir et voyait plus loin que son plaisir immédiat.

François de Cossé, duc de Brissac, riche mais pas très futé, faisait oublier sa soixantaine d’années par des cadeaux somptueux. Il se donnait le ridicule de surveiller jalousement la maison de Marion. Un soir, le jeune chevalier de Gramont l’aperçoit qui visiblement s’apprête à pénétrer dans le pavillon. Il saute de son cheval, prétexte un rendez-vous galant mais qui ne durera pas, promet-il, demande au duc de lui prêter son manteau pour faire bonne impression et lui donne son cheval à garder. Et pendant que le duc promène le cheval, prestement, il entre chez Marion, dissimulé dans le manteau du duc qui trompe  la femme de chambre. Elle l’introduit directement dans la chambre, Marion qui attendait Brissac, est agacée. Gramont lui raconte comment il a berné le vieux duc. Marion rit et l’invite dans son lit.

 

Marion n’a aucun goût pour les précieuses dont s’est moqué Molière, pour les pédants qui s’écoutent parler, mais cela ne l’empêche pas d’être amie avec de beaux esprits comme Scarron ou Saint-Évremond. 

 

Paul Scarron,

Paul_Scarron_2

poète et romancier, sarcastique et libertin, est l’auteur de romans célèbres en son temps. Il est atteint d’une maladie (sans doute une spondylarthrite ankylosante) qui finit par paralyser les jambes, la colonne et la nuque. Selon la légende, la cause serait un bain dans l'eau glacée, durant le carnaval. C’est désormais un corps souffrant, immobilisé dans une chaise roulante. Mais il est toujours gai et soutient que sans «couillonneries», « toute conversation doit périr à la longue ». Marion aime lui donner la réplique chez elle ou chez Ninon de Lenclos.

 

 

Saint-Évremond 

Saint-Evremond_by_Jacques_Parmentier

fut d’abord officier, à l’époque où il rencontre Marion avant d’être reconnu pour ces œuvres qui annoncent les philosophes du siècle suivant. Plus convaincu de la réalité des plaisirs terrestres que de l’immortalité de l’âme, il jouit de la vie en épicurien. Marion est bien à son diapason. Ils passeront quelque temps ensemble, notamment aux eaux de Bourbon-L’archambault où la bonne société du Marais se retrouve. Il en garda un bon souvenir, si l’on en croit ses vers : 

 

« Je prenais mes eaux avec elle                

Et souvent je passais le soir,                                

 À l’ouïr chanter, à la voir :                                                                                            

Enfin, je la trouvais si belle,                                                                                                          

Que sans égard au médecin,                                                                                                 

Il m’en souvenait au matin. »[14] 

 

Hélas, les temps heureux passent… Marion va à présent connaître la gêne financière.

Le revenu appréciable représenté par le Surintendant des finances d’Emery lui fit gravement défaut quand celui-ci connut la disgrâce et l’abandonna en 1648, pour une maîtresse sans doute moins dépensière.

Michel_Particelli_d'Émery

 

Les troubles de la Fronde, avec son cortège de révoltes et de violences, dispersèrent les jeunes gens qui constituaient avec les financiers, l’essentiel de son patrimoine. Ces derniers étaient harcelés par les frondeurs et se terraient pour tenter de dissimuler leurs fortunes scandaleuses. 

 

 

Mais surtout la hargne du Surintendant La Meilleraye qui succéda à d’Emery fut la cause des infortunes de Marion et de sa famille.

 

Charles-duc de la meilleraye

Il exigea le remboursement de sommes indûment perçues sous la forme des largesses de son prédécesseur. Elle dut quitter la Place Royale en compagnie de sa mère, de sa sœur cadette et de son demi-frère pour un logement bien plus modeste au 2 de l’actuelle rue de Thorigny. Elle avait vendu ses bijoux, les bibelots précieux et une partie de son mobilier. Et -le comble pour une femme comme elle-  elle tenait depuis septembre 1647, un journal où elle notait ses dépenses ! 

 

Une lueur d’espoir apparaît sous les traits du sieur Amelot, premier président de la Cour des aides, vieux viveur et bon vivant.  

amelot

Marion est prête à l'accueillir chaleureusement lorsqu’elle s’aperçoit … qu’elle est à nouveau enceinte. Elle sait comment traiter ce qu’elle a toujours considéré comme un désagrément. Elle absorbe une forte dose d’antimoine. Trop forte peut-être… 

 

La fièvre, des maux d’estomac l’abattent immédiatement. Les saignées des médecins l’affaiblissent encore davantage. Le curé de Saint-Gervais la confesse. C’est une situation qu’elle n’avait plus connue depuis bien longtemps. La confession n’en finit pas.

« Elle se confessa dix fois dans la maladie dont elle est morte, écrit Tallement, quoiqu’elle n’ait été malade que deux ou trois jours : elle avait toujours quelque chose de nouveau à dire ». Le bon curé a dû en rougir.

Elle décède le 30 juin 1650. 

Sur son lit de mort, la mère de Marion, pensant bien faire, l’a vêtue d’une robe blanche, a parsemé le lit de fleurs blanches également, et a orné son front d’une couronne de fleurs d’oranger … réservée aux vierges. Après la visite des amis sincèrement éplorés, les portes sont ouvertes et tout un chacun peut entrer.  Les gens se moquent ou s’indignent de cette courtisane ensevelie comme une pucelle.

Après sa mort, les derniers biens  furent liquidés et on perdit la trace de la famille de Lorme[15].

 

 

Par sa naissance, dans une famille aisée de la petite noblesse, Marion aurait pu faire un riche mariage qui l’aurait menée à tenir son rang parmi la bourgeoisie, voire à la cour. Mais son tempérament l’a conduite à un autre destin.

La première grande courtisane du royaume a été rejetée par cette grande bourgeoisie pétrie de traditions, de religion austère, soucieuse de son honorabilité. Bien au contraire, avec une joie folle, Marion exhibait sa vie qu’elle consacrait ouvertement au plaisir sans se soucier du scandale qu’elle suscitait. 

Elle aurait pu rejoindre le cercle des grandes favorites royales. Grâce à l’intérêt d’un Richelieu et à la passion d’un Cinq-Mars, elle aurait dû être accueillie à la cour dans le premier cercle des intimes du roi ; mais la jalousie du Cardinal et celle de Louis XIII se sont conjuguées pour l’en éloigner, d’autant plus sûrement que le roi, contrairement à son père, Henri IV, et à son fils, Louis XIV, n’éprouvait que gêne et désintérêt pour les femmes.

 

 

 

 

 

 

 

Sources

-       G. Mongrédien, Marion de Lorme et ses amours, Hachette, 1940

-       F. Lachèvre, Une petite découverte bibliographique. Les poésies de Des Barreaux (vers à Marion de Lorme, sonnets philosophiques, éd. H. Leclerc , 1904 ; BNF : Code : 8-NF-32676

-       Tallemant des Réaux, Historiettes, Pléiade, tome I



[1]La fonction de conseiller que son père l’a obligé à prendre ne convient pas au tempérament de des Barreaux, ennuyé par les lois, les dossiers à constituer ou à lire. 

Pour son premier procès, il reçoit les parties en présence et leur dit avant de les éconduire : « Cela est fait, ne pouvant lire les sacs de dossiers de votre procès, je les ai brûlés ! » Ce qui était la simple vérité.

Note sur le portrait ci-dessus : Portrait peu fiable, présenté sur Internet comme celui de J. des B. Il s’agit d’un détail deLa diseuse de bonne aventurede Georges de La Tour. Aucun historien de l’art ne parle du jeune homme comme étant J. d B.

Mais il est beau gosse et on comprend l’émoi de Marie ! 

 

[2]On n’a aucune lettre de Marion sur cette longue aventure, aucun autre témoignage que celui de des Barreaux…

[3]Elle utilise de la poudre d’antimoine, médication dangereuse, suivie de fortes hémorragies. Elle le fera six fois sans dommages, selon Philippe Valode, Les Grandes scandaleuses

Elle a néanmoins accouché d’un garçon en pleine santé mais qui a mystérieusement et opportunément disparu dès sa naissance.

[4]Le « s » final ne se prononce pas.

[5]Historiettes, Pléiade, Tome 1, p. 346

[6]Les deux hommes se brouillent à tel point que Richelieu leur fait signer un « traité de paix » en date du 26 novembre 1639 ainsi libellé : « Nous, ci-dessous signés, certifions à qui il appartient être très contents et satisfaits l’un de l’autre, et n’avoir jamais été en si parfaite intelligence que nous sommes à présent » ;

[7]G. Mongrédien, Marion Delorme et ses amours

[8]Un exemple de la considération des plus grands pour Marion, la courtisane : en février 1641, le prince de Condé célèbre par de superbes fêtes les fiançailles de son fils avec la nièce du cardinal de Richelieu. Marion n’est pas invitée le premier jour. Quand Condé la reçoit pour un ballet en son hôtel, il lui présente ses excuses de n’avoir pu l’inviter plus tôt à cause de la présence du roi.

[9]Louis XIII a du goût pour les travaux ménagers. La confidente d’Anne d’Autriche, madame de Motteville, écrit qu’il vit à Saint-Germain comme un simple particulier, occupé à attraper des oiseaux, jardiner, larder des rôtis, faire la barbe à ses officiers … Elle ajoute qu’il est « réduit à la vie la plus mélancolique et la plus misérable, sans suite, sans cour, sans pouvoir, et par conséquent, sans plaisir et sans honneur ». Il mourra quelques mois après Cinq-Mars, tout comme Richelieu.

[10]Ninon de Lenclos passera aussi sa vie, près de la Place Royale, rue des trois-Pavillons (rue Elzévir actuelle), auprès de sa mère, puis rue des Tournelles.

[11]Sur un pilier qui supporte l’une des quatre arcades, on peut encore voir une inscription : « 1764 Nicolas ». Il s’agirait de Nicolas Rétif de la Bretonne, auteur des Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, qu’une de ses promenades a conduit à rêver, comme nous, devant le pavillon de Marion.

[12]Gentilhomme catholique, capitaine des gardes du cardinal de Richelieu.

[13]Il s’agit de notre marquis de Coligny, protestant.

[14]Le médecin conseillait qu’il fallait, pendant la cure, se garder de toute émotion : « On y doit suspendre l’envie / Du plus doux plaisir de la vie ».

 

[15]Une descendance de trois enfants est reconnue à Marion,  attribués au marquis de Cinq-Mars : Jeanne de Lorme (1638 - ?), sans descendance connue ; Augustin de Lorme (1639 - 1698), prêtre jésuite et essayiste polémiste catholique ; Jean de Lorme (1641 - 1713), né à l’Arbresle près de Lyon se fixa dans cette ville en 1668 où il devint procureur et notaire. Il épousa Catherine Mousson, dont il eut trois fils : Jean, François, Gabriel. (<Wikipedia)