15 Barbie, féministe ?

 

sorry ken jpg

Sexy, arrogante, omniprésente mais féministe ?

 

 

Lilli dessin

Barbie n’est pas son vrai nom, et elle n’est pas américaine mais allemande. 

Bild-Lilli

Elle naît en 1952 sous le crayon de Reinhold Beuthein que le quotidien de Hambourg  Bild Zeitunga chargé d’occuper un espace laissé libre. Les aventures du bébé que le dessinateur propose à son rédacteur est refusé et il change radicalement de genre. Qu’on en juge avec ce dessin préaratoire. 

 Le succès est immédiat et les dessins se succèdent, montrant une jeune fille épanouie, bien dans son corps, indépendante et impertinente. C'est seulement en 1955 que Rolf Hausser, fabricant de jouets donne ses trois dimensions à Lilli et en fait une poupée adulte de 29 cm, aux longues jambes articulées, destinée à servir d’objet publicitaire pour le Bildoffert aux hôtes de marque.

 

Lilli-plus-4

 'Mais, en 1956, la famille Handler, Ruth et Elliott accompagnés de leurs enfants, Barbara et Ken voient Lilli dans une boutique où elle apparaît en tenue de ski. Elle plaît à Barbara et aussi à ses parents, propriétaires de la société Mattel, qui, de retour aux Etats-Unis, « créent » Barbie – du nom de leur fille !- et régularisent la situation financière avec Hausser après une dizaine d’années de tractations féroces…

Le marketing Mattel s’appuie sur un magazine qui compte 100 000 abonnés dans les années 60 et reçoit 10000 lettres de lecteurs par semaine.

 

 

 

 

 

 

Barbie consommatrice

Désormais américaine, Barbie a comme Lilli, une tendance à changer de tenue à chaque occasion. Le soleil californien la montrera en maillot de bain pour sa première apparition, répondant au culte du corps, beau, jeune et sain qui définit l’imaginaire américain.

1959barbie maillot de bain

Elle symbolise parfaitement le goût du loisir et de la consommation qui caractérisent ces années 

d’après-guerre. Les accessoires qui l’accompagnent ainsi que ses amis sont si nombreux que le coût de la collection pouvait se monter à près de 3000 dollars dans les années 90.

 

 

Barbie et la diversité

En 1970 apparaissent des poupées noires. Et en 1988, des poupées qui ne se nommeront pas toutes Barbie mais qui auront un nom distinctif : Marina est asiatique, Christie et Steven sont ses amis afro-américains, Teresa est hispanique.

Christie

 

Mattel s’ouvre au monde même si toutes ressemblent à Barbie comme deux gouttes d’eau à peine diluées. Les magazines dont elle est l’héroïne la font vivre au milieu d’êtres humains dont elle découvre la couleur de peau avec naïveté : l’origine d’un Hawaien lui est dévoilée alors qu’elle pensait que le soleil lui avait donné un beau bronzage ! 

En 1997, Le handicap apparaît avec Becky, l’amie qui se déplace en fauteuil roulant.

 

Becky

 

 

Et en 2018, la première Barbie voilée, en hommage à une escrimeuse.

 

1200x768_escrimeuse-ibtihaj-muhammad-servi-modele-nouvelle-poupee-barbie

 

 

 

 Barbie « genrée »

Elle symbolise le fait que les femmes peuvent occuper tous les métiers.  

Barbie entrepreneur

US Air Force 1960

C’est une business woman qui excelle en tout. On la voit en grand reporter, médecin ou pilote de L’US Air force, astronaute… Les professions qu’elle exerce -et les tenues qui vont avec- sont innombrables. Elle postule à l’emploi suprême que les hommes gardaient jalousement : en 1992, bien avant Hillary Clinton, elle est candidate à l’élection présidentielle. 

 

barbie-candidate-a-la-presidentielle-americaine-a-ete-creee-en-novembre-2012-photo-afp-1521731564

 

Tout cela s’opère comme par magie : le monde universitaire de la « Barbie étudiante » se réduit à une chambre dans un campus, un stade et un drive in (cinéma en plein air où l’on voit un film depuis sa voiture, espace cosy qui autorise toutes les familiarités). Elle vit dans le cadre de la cafèt’ avec ses amis mais on ne la voit pas étudier et ne paraît jamais en cours ! 

Et quand, un jour, elle déclare dans une bande dessinée ne rien comprendre aux maths (« Math class is tough ! »), elle s’attire les critiques de l’Association des femmes universitaires sur ces clichés machistes qui montrent les femmes incapables de dominer les sciences exactes.

 On lui reproche surtout de répandre le goût de la dépense futile, liée au désir exhibitionniste que l’on prête aux femmes. Et d’être réduite à un objet de séduction prête pour un usage masculin… On l’accusera d’être la cause de frustrations et d’anorexie chez les jeunes filles qui veulent l’imiter.

Les femmes sont donc partagées sur Barbie : comme on l’a vu, tout son être tient dans la consommation, le loisir et la séduction.  Ce dernier point atteint un sommet quand Mattel lance sur le marché en 1975 une «Growing Up Skipper » ( Skipper est la petite soeur) qui a la particularité de posséder une poitrine qui se développe selon le mouvement de rotation que la petite fille -ou le petit garçon- donne aux bras de la poupée… Le modèle fut abandonné dès 1977  sous l’avalanche des critiques  qui accusent Mattel d’engager les enfants trop tôt dans la féminité . La vidéo est éloquente. 

 

Une femme libre

Mais ce que les féministes apprécient, c’est son détachement envers les hommes : Ken, qui se body-build  au fil  du temps, est d’une fadeur à toute épreuve – elle le laissera un temps pour un magnifique surfer bronzé- et si Barbie en robe de mariée est la poupée la plus vendue au monde, on ne la voit jamais dans un cadre familial avec mari et enfants. 

Ken

B et son surfeur

« Barbie consomme mais ne marie pas » semble être une morale qui plaît aux générations des années 80. 

 

 

Elle est si libre que les créateurs de Barbie ne lui donnent pas de parents,  comme  s’ils avaient lu  Sartre qui se réjouit, dans Les Mots,  de la disparition précoce d’un père qui ne lui a imposé aucun Surmoi et l’a ainsi contraint à se construire lui-même ! 

En vérité, ils apparaissent dans l’espace virtuel d’une vidéo, sans accéder au statut de poupée-mannequin comme leur fille

 Elle n’est pas un poupon traditionnel à qui la petite fille doit donner un biberon et changer les couches (quel pervers y songerait avec Barbie ?).

Barbie  hésite entre l’adolescence et l’âge adulte et qui, bien avant que les idées féministes soient largement diffusées, a proposé aux petites filles un modèle de vie épanouie, libérée, très éloignée de l’image traditionnelle de la femme au foyer. 

 

 

 

 

Sources principales : 

 

https://www.persee.fr/doc/rfea_0397-7870_2000_num_83_1_1795?q=barbie

 

https://journals.openedition.org/clio/446