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 5      Marie de Gournay

Femmes d’hier pour libération d’aujourd’hui 

 La libération des femmes se poursuit. Elle a commencé, en France, il y a bien longtemps.

 

Au début du XVIIème siècle, Mlle de Gournay, (1565-1645), met en cause, dans son Égalité des hommes et des femmes(1622) « la seule félicité, les vertus souveraines » que les hommes veulent accorder aux femmes : « ignorer, faire le sot et servir ». 

 Marie de Gournay appartient à la petite noblesse peu fortunée. Son éducation est sans doute celle que l’on donne habituellement aux filles : apprendre le nécessaire pour être utile à son ménage, diriger les domestiques, tout en sachant éventuellement égayer les fêtes par quelques pas de danse et une jolie voix. Elle apprendra le latin sans maître.

Elle lit les Essais de Montaigne et en ressent une émotion intellectuelle qui ne cessera pas. Quelques années plus tard, elle parvient à le rencontrer. Le vieux philosophe -il a cinquante-cinq ans- est charmé par celle qu’il appellera sa « fille d’alliance » et qui a alors une vingtaine d’années. L’amitié est partagée, chaleureuse… on n’en sait pas plus… sinon que Montaigne dira qu’il lui porte un « amour plus que paternel ».

Et Marie continuera sa vie, objet des railleries de tous les bons esprits qui se moquent de son physique, de son célibat, de ses écrits -sans les avoir lus car un homme ne s’abaisse pas à lire ce qu’a écrit une femme. En 1622, elle publie Grief des dames (1622), dans lequel elle dénonce le mépris masculin : « J’en ai connu [des hommes de lettres] qui méprisaient les œuvres des femmes sans daigner les lire pour savoir de quelle étoffe elles sont faites ». 

Plus humiliant encore, au cours d’une conversation, si une femme prend la parole, le plus niais d’entre les hommes, d’un demi-sourire, d’un hochement de tête, fait comprendre à ses compères qu’il est inutile de prendre au sérieux ce qui vient d’être dit, puisque c’est une femme qui a parlé (« il n'y a si chetif, qui ne les rembarre avec approbation de la pluspart des assistans, quand avec un sousris seulement, ou quelque petit branslement de teste, son éloquence muette aura dit: C'est une femme qui parle ») (1). 

Elle a hérité de la bibliothèque de Montaigne -dont une partie venait de La Boétie. A sa mort, elle la léguera à l’un de ses amis La Mothe Le Vayer, né en 1588, philosophe et libertin, assurant ainsi le lien entre les siècles et la transmission de la pensée libre.

 

(1)        Quatre siècles après ceux de Marie, en octobre 2018, Ségolène Royal tient ces propos (peut-être sur France-Inter) où elle évoque une situation semblable qu’elle a vécue peu après avoir pris ses fonctions de ministre de l’Environnement : « Quand une femme prenait la parole au sein d’une réunion politique ou en entreprise, les hommes commençaient à bavarder entre eux. » 

 La lutte des femmes est bien longue ...

 

Voir sur le sexisme le Portrait 8 Sexisme populo et sexisme intello

On pourra consulter avec profit :

http://www.le-blog-de-la-pintade.fr/2017/12/marie-de-gournay.html

https://www.arlea.fr/Marie-de-Gournay