22 Une impératrice !

 

Empress_Eugenie_1854

Que vient faire une impératrice dans cette galerie de femmes soumises à la discrimination ou engagées dans des luttes violentes ?

 

Par sa naissance, en 1826, Eugénie de Montijo appartient à l’aristocratie espagnole. Fille d’un comte rallié à Napoléon Ier pendant la guerre d’Espagne, elle est élevée en France auprès de deux précepteurs qui font envie : Stendhal et Mérimée. 

Elle épousera le neveu de l’empereur, Louis-Napoléon qui régnera sous le nom de Napoléon III, non seulement parce que les souhaits de ce dernier d’épouser une princesse appartenant à une famille régnante ont été repoussés mais aussi, tout bonnement, parce qu’elle lui plaît.

 

Dans le discours de présentation au Sénat Louis-Napoléon fait cette déclaration dont on apprécieralele  traditionalisme  : « Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement du trône, […] Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France ; gracieuse et bonne, elle fera revivre […]  les vertus de l'Impératrice Joséphine » 

C’est un homme à femmes, qui lui sera évidemment infidèle. Ils cesseront toute relation particulière dès la naissance d’un héritier mâle. 

Malgré tout, la confiance, autre que conjugale, règne dans le couple. Eugénie  se tient au courant des affaires politiques sera nommée Régente, exercera la souveraineté pendant les absences de l’empereur, et présidera le conseil des ministres..

Eugénie de Montijo a été constamment décriée. Sa beauté attisait les médisances et dès le  mariage, on chantonnait : 

Empress_Eugenie_family_portrait, 1860

« Montijo, plus belle que sage,

De l'Empereur comble les vœux :

Ce soir s'il trouve un pucelage,


C'est que la belle en avait deux »

Et Hugo, qu’on a connu plus élégant, ironise : « l’Aigle épouse une cocotte ».

 On l’accuse d’être coquette -c’est vrai-, dépensière -vrai aussi-, d’avoir des opinions politiques qui ont pu influencer l’empereur et se révéler désastreuses -c’est probable-.

 

 

 

 

Mais …

Bien que croyante, elle soutient deux auteurs traînés en justice et que l’Eglise honnit : Baudelaire pour les Fleurs du Mal, et Flaubert pour Madame Bovary. De même, elle soutient l’enseignement public à destination des jeunes filles, projet condamné par l’Eglise. Et n’hésite pas à venir en aide à George Sand, auteur d’un ouvrage contre le Vatican, Daniella, et  interdit de publication. 

 

Mais...

Elle protège les femmes artistes. Alors qu’elle est est Régente, elle admet une femme au rang de chevalier de la légion d’honneur, la peintre Rosa Bonheurau titre de service rendu à l’Art. Dignité que celle-ci aurait dû recevoir après la deuxième médaille d’or obtenue au Salon de 1855, mais refusée parce que de sexe féminin.

Elle passe commande à la sculptrice Camille Claudel et soutient Adèle d’Affry dont les sculptures avaient été primées sous le pseudonyme masculin de Marcello.

 

Elle intervient, mais en vain, pour que l’Académie française s’ouvre aux femmes et lance anonymement dans la presse le nom de George Sand. 

 

Mais…

Elle est attachée à promouvoir l’instruction féminine.

Dès son mariage, elle refuse le collier de diamants que veut lui offrirla Ville de Paris et demande à la place l’édification d’un orphelinat consacré à l’enseignement professionnelle des jeunes filles. Institutiondont elle financera le fonctionnement sur ses fonds propres.

 En 1861, une institutrice de 37 ans, Julie-Victoire Daubié demande à se présenter à l’examen du baccalauréat ouvert uniquement aux hommes. Le ministre de l’Instruction publique, Roulland, refuse. L’année suivante, elle renouvelle sa requête. On se rend compte qu’elle a présenté une étude à l’Académie de Lyon intitulé :  « La femme pauvre au XIXe siècle, par une femme pauvre ». Elle y décrit le salaire inférieur de moitié des institutrices par rapport à leurs collègues masculins, le sort des « ouvriers de huit ans », la misère des travailleurs dans les usines. L’histoire commence à se répandre, le ministre hésite. L’impératrice porte l’affaire devant le Conseil des ministres qui donne son autorisation.

 L’Université est évidemment interdite aux femmes, qui peuvent néanmoins se présenter aux examens. Malgré cette tradition, en accord avec le ministre de l’Instruction publique, Victor Duruy, Eugénie envoie ses nièces -dont elle a la tutelle- à la Sorbonne et impose leur présence aux cours.

 En 1865, Victor Duruy force le bastion de l’Ecole de Médecine à s’ouvrir aux femmes. Eugénie l’approuve et le pousse à avancer la réforme car elle a lu qu’en Russie les femmes pourront suivre les cours de médecine mais sans prétendre avoir le grade de docteur. Elle lui écrit : « Nous allons nous laisser devancer après avoir eu les premiers l’idée ; pressez-vous donc et croyez à tous mes sentiments ». 

 

 Voilà. Eugénie de Montijo n’a pas suivi les défilés ouvriers, n’a pas participé aux réunions féministes. Elle n’était qu’impératrice.

 

 Note supplémentaire

 

Le 23 octobre 1870, après la déroute de Sedan, Eugénie envoya une lettre au roi de Prusse, le suppliant de ne pas annexer l’Alsace et la Lorraine.

 En 1918, après la victoire, les Alliés, notamment les Américains, considèrent que l’Alsace et la Lorraine sont des terres germaniques et ne soutiennent pas la France qui demande le retour de ces deux départements.

 A 92 ans, l’impératrice, que tout le monde a oublié, envoie à Clémenceau la lettre de Guillaume II de Prusse par laquelle il justifie, pour des raisons de sécurité,  l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine qui sont bien françaises, permettant ainsi le retour de ces deux provinces.

 

lettre-de-guillaume Ier à Eugénie de Montijo

 source de la lettre: https://lepetitprofdhistoire.files.wordpress.com/2015/04/lettre-de-guillaume-c3a0-limpc3a9ratrice.jpg