L’indignation sans dignité
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L’indignation sans dignité.
Indignés un jour, indignés pas toujours.
L’indignation est une passion forte, tenace, psychologiquement avantageuse politiquement bankable.Solitaire, elle procure un certain plaisir mais ne se savoure vraiment qu’en meute. Seules les larges masses, comme disait le bon maître Mao, peuvent réduire le réprouvé à ce qu’il mérite d’être: rien.
Elle produit colère, mépris, haine, et s’auto-justifie puisqu’elle est fondée sur le ressenti, fabuleux concept qui a cancellisé Descartes pour aller à l’essentiel : je ressens donc je suis.
Mais laissons l’analyse pour les faits qui, disait Lénine, sont têtus.
On essaiera de les classer pour faciliter la tâche de celui qui voudrait s’en inspirer.
Condamner les uns, absoudre les autres
Il est bon de choisir l’objet de son indignation, le nommer pour l’isoler. C’est limpide et n’impose pas une énorme réflexion.
Stéphane Hessel, un seul pays vous manque et tout est dépeuplé
Le grand initiateur est Stéphane Hessel. Il publie « Indignez-vous », en 2010, petit ouvrage d’une trentaine de pages consacré principalement à la vie publique française, aux inégalités sociales qui la traverse.
Il fait cependant un unique écart pour fustiger un pays. Ce pays n’est pas l’Allemagne nazie que Stéphane Hessel a connue, pas plus que la Russie des goulags staliniens, ni l’Algérie de la guerre civile et ses 200 000 morts (1992- 2002), pas plus que la Syrie ou l’Irak où Sadam Hussein, Afez puis Bachar el-Assad se tachaient les mains de sang des pieds à la tête, pendant que Stéphane écrivait et s’emportait contre le seul pays digne de son indignation. Israël, s’il est nécessaire de le nommer, est l’unique objet de son ressentiment.
Un pays sous contrôle étranger, et alors ?
Un Etat qui s’établit sur le territoire où vit un autre peuple est souvent condamné et combattu, et chargé de tous les maux.
Mais quand même…
Qui était dans la rue le 13 février 2025 pour exprimer son indignation au souvenir de l’attaque d’un état européen par une puissance étrangère orientale ?
Ce n’était pas le souci des « larges masses », ni d’ailleurs des medias ! Cependant Chypre, état indépendant est occupé dans sa partie nord depuis cinquante ans par la Turquie.
Celle-ci a ainsi marqué son refus de reconnaître le rapprochement en cours de Chypre et de la Grèce. Elle procède à l'expulsion de 250 000 Grecs chrétiens vers le sud et proclame le 13 février 1975 la formation d’un État indépendant sue seule l’envahisseur reconnaîtra.
La partie non occupée de Chypre (environ 60% du territoire) est membre de l’Union européenne et comprend 700 000 habitants, la partie turque 200 000, dont 90 000 colons turcs et 40 000 militaires .
L’Union européenne a avalisé le fait accompli et l’OTAN compte toujours la Turquie parmi ses membres. Alléluia !
Faites ce que je dis, pas ce que je fais
« NEW YORK, le 10 février 2025. Les Nations Unies ont annoncé lundi la suspension de leurs opérations humanitaires à Saada, au Yémen, après la détention de huit membres de leur personnel par les Houthis, « perturbant la réponse à l'une des pires crises humanitaires au monde. »
On rappellera que l’ONU a constamment exhorté Israël à maintenir l’aide humanitaire à Gaza. Mais ce n’étaient pas les employés de l’Onu n’avaient pas été enlevés. L’émotion n’est pas comparable.
https://www.wam.ae/fr/article/15exw1h-lonu-suspend-son-aide-humanitaire-saada-yémen
Raisonnement bancal et formule tordue
Race ou pas race ?
« Fragilité blanche » : « État émotionnel intense dans lequel se trouvent les personnes blanches lorsque qu’une personne racisée critique certains de leurs comportements jugés racistes. Cet état est caractérisé par des réactions vives, défensives, voire violentes. Cela se traduit par des émotions comme la peur, la colère, la culpabilité ou des comportements comme argumenter, minimiser ou arrêter la conversation. » https://liguedesdroits.ca/lexique/fragilite-blanche/
En d’autres termes, la race n’existe pas pour les anti-racistes, sauf pour les Blancs qui se caractérisent par un comportement manifestant leur refus de voir leur propre racisme. Comprenne qui voudra .
Course de la victime la plus digne de compassion ; O.P.A. sur la 2ème guerre mondiale
Disons-le tout net pour ceux qui ne s’en étaient pas aperçu : le grand enjeu psycho-idéologique du conflit Israël- Gaza est de faire apparaître les Palestiniens comme des victimes aussi– ou plus- dignes de compassion que les juifs victimes de l’Holocauste.
Ici une précision s’impose. Le discours politique fondé sur l’indignation ne s’embarrasse pas de nuances. Par ce mot générique de Palestiniens, les indignés entendent les civils qui n’ont jamais touché une arme en dépit des circonstances, les femmes, les enfants, -ce qui emporterait l’adhésion de tous sans tergiverser- mais aussi les membres du Hamas kidnappeurs et violeurs, et d’autres mouvement doués pour le mitraillage aveugle ).
D’où un discours et un vocabulaire -très franco-français- qui manifeste une OPA d’envergure lancée sur la la deuxième guerre. Exemples :
Déportation : Il paraît inutile de perdre du temps à redire ce qu’a été en Europe la déportation des juifs, tziganes, homosexuels, résistants…
Sauf peut-être pour informer les députés LFI Soudais et Simonnet qui ont accueilli, à sa descente d’avion, en décembre 2022 Salah Hamouri, expulsé d’Israël après sa condamnation pour tentative d’assassinat. Et les deux députées de saluer leur héros dans des termes soigneusement choisis :
« Nous sommes venu.e.s accueillir Salah Hamouri à l'aéroport, après sa déportation orchestrée par Israël. Beaucoup d'émotions, mais la présence de tous les camarades réchauffait le cœur. »
Ainsi l’expulsion en France est semblable à la déportation et les deux députées, si on suit la comparaison étaient ces SS accueillant les déportés à la sortie du train. Avaient-elles loué des chiens-loups ?
Résistance : Danièle Obono, députée LFI de Paris, a affirmé à propos du Hamas « C’est un mouvement de résistance qui se définit comme tel », < Sud Radio le 18 octobre 23. On passera le fait que pour cette rhétoricienne de basse-cour, le fait de « se définir comme » sans autre argument vaut largement la meilleure des preuves. Dire, c’est faire, ou être ce qu’on veut. https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/10/18/daniele-obono-qualifie-le-hamas-de-mouvement-de-resistance-gerald-darmanin-saisit-la-justice-pour-apologie-du-terrorisme_6195084_823448.html
Collaboration : A la fête de l’Huma 2024 ,des militants LFI ont scandé « Fabien Roussel n’est pas notre camarade « Tout le monde déteste Fabien Roussel ». Sophia Chikirou a comparé Fabien Roussel à Jacques Doriot sur son compte Facebook, mercredi 20 septembre. Une publication relayée par Mélenchon qui a provoqué un tollé au PC »
(Jacques Doriot est l’archétype du collaborateur. C’est un communiste à l’origine, mais, séduit par le nazisme, il a combattu sous l’uniforme nazi et est mort en Allemagne en 1944).
Les communistes n’ont pas profité de l’ambiance festive.
Il s’agit donc de participer à la course victimaire et détrôner les juifs, qui , avec six millions de morts avaient subrepticement pris un temps d’avance. L’extrême-droite négationniste s’est depuis longtemps attelé à cette tâche. Elle est rejointe par une extrême-gauche soucieuse de remplacer les victimes historiques de l’holocauste (avec les tziganes, homosexuels…) par ceux qu’ils ont choisis : les migrants d’origine musulmane ou plutôt -la quintessence idéologique du migrant- le Palestinien, quel qu’il soit.
Comparaison n’est pas raison
Le Rwanda a pénétré sur le territoire du Congo. A partir de cet événement, deux possibilités, comme toujours : réfléchir ou éructer.
Mais quel temps perdu ! Mélenchon a trouvé en une phrase la cause et les coupables du conflit :
Hessel, encore. Y avait rien à faire…
Hessel, après avoir cité Israël comme le seul pays indigne, sent qu’il a poussé le bouchon un peu loin. Trois lignes après l’affirmation, il s’explique : « Je sais, le Hamas qui avait gagné les dernières élections législatives n’a pas pu éviter que des rockets soient envoyées sur les villes israéliennes. » On appréciera la belle formule « n’a pas pu éviter » qui réjouira les militants de l’OLP que le Hamas n’a pas pu éviter non plus d’abattre, dès sa victoire électorale.
N'avoue jamais !
Le mur des cons. En 2013 un journaliste de FR 3 filme le « mur des cons » qui orne une salle du Syndicat de la Magistrature ( qu’on situe depuis longtemps bien à gauche). Y sont mis à l’honneur des gens de droite, ou supposés tels, des politiques, des personnalités diverses, voire des particuliers comme ce père d’une jeune fille assassinée par un multirécidiviste et qui avait eu l’indécence de se plaindre du laxisme de la justice. Le procès en 2018 condamne la présidente du SM pour injure publique . La peine est symbolique mais montre que la magistrature sait reconnaître ses brebis galeuses.
Hélas, la brebis est moutonnière et ne comprend pas qu’on lui reproche d’exhiber ses préférences partisanes On retrouve le SM en effet en septembre 2023, à la fête de l’Huma, non pas comme invité pour débattre mais tenant un stand et proposant des thèmes de réflexion fustigeant le capitalisme, la répression syndicale, la police, etc.
Une belle fidélité au service de la justice qu’on aime.
Cacher les faits
Dans le cas particulier où on n’est pas indigné par un fait qui qui risque de soulever la colère de ceux qu’on n’aime pas, le meilleur moyen est encore de regarder ailleurs, comme s’il ne s’était rien passé.
Les femmes crient, les néo-féministes regardent ailleurs
Certains mouvements féministes sont accusés de ne pas vouloir évoquer les viols survenus dans le quartier de Stalingrad à Paris (mai 2021). Le collectif «Osez le féminisme » qui a réagi expéditivement par un simple tweet se défend en évoquant le risque de récupération par l'extrême droite, puisque l’agresseur est d’origine étrangère.
C’est une justification, fréquemment avancée, que récuse Martine Storti, militante féministe depuis les années 70 et auteure de « Pour un féminisme universel ».
Elle se rappelle que, déjà dans les années 70, alors que les militantes féministes luttaient pour que les viols soient jugés en cour d'assises, « certains camarades de gauche [les] traitaient de racistes […] Mais un viol est un viol : que la victime soit une droguée, une musulmane ou une athée, un viol est un viol. Que l’auteur soit un musulman, un juif, un riche ou un pauvre, un viol est un viol. » Martine Storti : "L’universalité de la domination masculine exige un féminisme universel"
(Presque) toutes les femmes doivent être défendues 25/11/23
Les manifestantes autorisées ont pu fièrement défiler aux cris de « Libérez les femmes de Palestine », « Israël assassine les femmes de Palestine », et sous les banderoles de « Palestine du fleuve à la mer », dont la signification antisexiste et féministe leur était évidente.
Elles ont bénéficié de la présence des trotskistes du NPA et de Révolution permanente qui ont manu militari empêché d’approcher les féministes qui voulaient rappeler les viols et les enlèvements du Hamas.
Rien n’est plus clair que l’article de Maryam Madjidi, écrivaine iranienne exilée en France, publié dans l’Humanité du 9 décembre 2023 : < https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/maryam-madjidi/toutes-les-femmes-sauf-les-juives
Le harcèlement : un problème d’urbanisme
Une pétition contre le harcèlement de rue dans le quartier Chapelle-rue Pajol (Paris, 18è ardt) circule en mai 2017 et compte un grand nombre de signatures de riverains. Ce quartier est occupé par de nombreux immigrés sans travail.
« Caroline Haas, fondatrice d'Osez le féminisme […] préconise, dans un entretien accordé à France info, d'élargir les trottoirs et d'améliorer l'éclairage. » < https://www.ouest-france.fr/societe/harcelement-de-rue-comment-rendre-la-ville-moins-hostile-5012044
Pour une fois qu’une féministe dédouane le masculinisme… sans aucune arrière-pensée.
Oui, mais…
Excellente forme d’argumentation qui feint de s’indigner comme tout un chacun pour mieux s'affecter de ce qu’on pense être vraiment important.
Un modèle au 1/ 36ème : Masha Amini, tuée une deuxième fois
La pétition présentée par Mediapart le 16 septembre 2023 et signée par des organisations et personnalités dûment féministes - Annie Ernaux, Adèle Haenel, Assa Traoré, Judith Butler, Le Planning familial … est composée de deux parties.
Après avoir rappelé, en SOIXANTE-QUATORZE (74) mots, qu’un an auparavant , Jina Mahsa Amini meurt sous les coups de la police des mœurs de Téhéran pour un voile mal posé, la pétition passe aux choses sérieuses traitées en HUIT CENT SOIXANTE-SEIZE (876) mots. Extrait :
« Au fil des mois et face à une répression sanguinaire, l’insurrection n’a cessé de se transformer. […] Les organisations syndicales ont réclamé dans un communiqué unitaire historique des conditions de travail décentes, la fin des POLITIQUES ÉCOCIDES, de l’ARMEMENT NUCLÉAIRE, de la privatisation des espaces naturels ; mais aussi l’égalité politique pour les femmes, les minorités ethniques, nationales et les LGBTQIA+ – QUI CONSTITUENT PAR AILLEURS UN DES « FERS DE LANCE DE LA RÉVOLUTION ».
En clair, l’important c’est le communiqué SYNDICAL et tout le passage en langue de bois qui suit. Pas le combat de Masha
Enfin pour bien faire comprendre que le meurtre de Mahsa est un événement sans importance, la pétition évoque la situation en France et souligne que « la question n’est pas de porter ou non le voile. On ne le répétera jamais assez dans le contexte islamophobe français : c’est aux femmes de le décider pour elles-mêmes. »
Et le tour est joué. Le poisson a bien été noyé.
My God, préserve-moi de mes « amis ». Pour mes ennemis, je m’en charge !
34 mots, c’est suffisant ( ONU Femmes)
Même méthode dans un autre contexte.
« L’ONU Femmes condamne les attaques contre des civils en Israël et dans les territoires palestiniens occupés et est profondément alarmée par l'impact dévastateur sur les civils, notamment les femmes et les filles. » = 34 mots
Puis ayant tout dit sur le sujet -sans éprouver le besoin de mentionner ni le Hamas, ni la barbarie des actes de torture, les viols collectifs, les enlèvements- l’ONU Femmes passe au plus important, qui occupe près de 200 mots, c’est-à-dire l’aide humanitaire apportée à Gaza.
Précisions : Le communiqué date du 13 octobre : l’invasion terrestre israélienne et les bombardements intensifs ne commenceront que le 27.
Peu importe. L’ONU Femmes a pris les devants. Les victimes ne sont pas celles qu’on croit. Celles dont la mort provoquera l’indignation sont désignées à l’avance.
Alors que le slogan de Me Too, « Victimes, on vous croit » doit être la première réaction d’une féministe, il a fallu une semaine à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) pour condamner les événements du 7 octobre à l’encontre des femmes israéliennes.
La liberté d’expression ? Ca dépend du contexte…
Après avoir condamné l’emprisonnement de Boualem Sansal en Algérie où il risque la prison à vie, Sandrine Rousseau lui plante un couteau dans le dos : « Je voudrais aussi poser que les propos et les positions tenus (par Boualem Sansal, NDLR) sont des propos relevant de l’extrême droite ». « Ce n’est pas un ange ». C’est un « suprémaciste » qui affirme qu’il y a des civilisations supérieures à d’autres précise la Rousseau, qui n’éprouve pas le besoin de documenter son ressenti.
Cette opinion justifie à ses yeux l’emprisonnement et la condamnation de l’écrivain.
Rousseau n’est pas de Gaulle : « On n’emprisonne pas Voltaire », disait celui-c), empêchant son ministre de l’Intérieur de mettre Sartre sous clef.
On cherche… on cherche…
La vérité n’est pas facile à débusquer : Galilée condamné en 1633 a été réhabilité par l’Eglise en 1992… Alors… Prendre son temps d’abord, prendre la parole ensuite, peut-être, si on a tous les éléments… La méthode est plus subtile que le silence obstiné, vue précédemment précédemment.
« On travaille activement »
Amnesty International a été critiquée pour ne pas avoir « publié une seule ligne selon un internaute, sur la détention » de l'écrivain Boualem Sansal.
La branche française d'Amnesty a indiqué le 6 décembre 2024 « travailler activement à obtenir des informations quant à la situation de Boualem Sansal »
« Malheureusement, pour l'heure, Amnesty International n'a pas encore été en mesure de vérifier de façon indépendante les éléments relatifs à l'arrestation de l'écrivain franco-algérien ». Arrestation qui s’est déroulée à la mi-novembre… Piano, pianissimo…
On a piscine ! l’affaire Mila
Janvier 2020. Mila, 16 ans, fait un live sur son compte Instagram. Après avoir évoqué son homosexualité, elle fait face à des insultes de la part d'un jeune musulman qui la traite de « sale lesbienne », « sale pute » […] Elle réplique alors par des injures vigoureuses où il est question du Prophète, de religion, de merde et de trou du cul…
La vidéo devient virale sur les réseaux sociaux. Les menaces de mort suivent rapidement. Mila et sa famille sont placées sous protection policière. Mila est déscolarisée par prudence.... et le Parquet ouvre, contre elle, une enquête pour incitation à la haine raciale. En quelques minutes, Mila était devenue la cible à abattre.
Les mouvements féministes ont condamné les menaces dont elle faisait l’objet, sans trop insister…
Certains médias n’en disent courageusement pas un mot. Dans la liste des lâches, Les Inrocks, Mediapart et Télérama qui observent un silence total, Le Monde l’évoque par une dépèche AFP après douze jours de réflexions, tandis que Libération n’en parle que sur son site internet.
Et c’est là qu’il faut reconnaître qu’on a affaire à de grands professionnels. Pas de regrets, évidemment, pas une hésitation, pas un balbutiement.
La rédactrice en chef des Inrocks affirme que le magazine « s'est vraiment recentré sur la culture […] il y a beaucoup moins de papiers sur des thématiques sociétales ou politiques ». Tout cela est dit avec assurance mais faux selon l’enquête de « Arrêt sur image » qui aligne les articles récemment consacrés au racisme, aux violences sexuelles, etc. Se sentant peut-être un peu faible sur sa réponse, la rédactrice en chef ajoute : « Les quelques personnes qui pouvaient écrire sur cette affaire-là étaient déjà occupées à d'autres choses ». Libération se défausse en usant d’un argument classique : le sujet a été récupéré par l’extrême-droite. < Marianne 31/01/2020
On parle et puis on oublie…
Caméras fascistes ou vidéo rebelles ?
Il y a plusieurs années les mots n’étaient jamais assez forts pour stigmatiser la vidéo-surveillance, dernière étape avant le règne du fascisme.
Un site militant (Dijoncter.info) est formel : « La video-surveillance n’est qu’une des pièces de l’appareil répressif, La possibilité du fascisme est aujourd’hui une réalité, en France comme au Brésil, aux États-Unis ou en Hongrie ». https://dijoncter.info/videosurveillance-l-invasion-continue-dans-les-rues-de-dijon-2120
Malgré tout, elle peut s’avérer utile : Un article de Libération du 30 mai 2019 s’appuie sur les images d’une caméra de surveillance pour fustiger avec raison une intervention policière, violente et injustifiée en banlieue parisienne.
« J’ai la mémoire qui flanche ; J’me souviens plus de rien » Les trous de mémoire de JLM
On sait que LFI a constamment condamné la réplique militaire d’Israël contre le Hamas et a , par ailleurs, soutenu les méthodes utilisées par celui-ci. Malgré tout, Mélenchon tenait après l’attaque sur les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001, des propos jadis qui sont bien oubliés aujourd’hui. Qu’on en juge.
« Il n'y a aucune fin qui justifie l'utilisation des moyens pareils. Je pense qu'il faut être catégorique sur ce sujet parce que le risque là aussi, c'est la dérive de penser que dorénavant, pour les illuminés, pour des excités, la vraie politique, celle qui obtient des résultats, c'est celle-là. Donc nous devons être catégoriques. Pour pouvoir être catégorique, il faut là aussi appliquer le principe de discernement. Il n'y a pas d'excuses à cette barbarie ! »
[question du journaliste]
« C'est ce que vous dites, vous, également pour le terrorisme du Hamas ou du Djihad islamique en Israël, par exemple dans les territoires occupés ? »
JEAN-LUC MELENCHON
« Mais n'importe quelle forme de terrorisme est inacceptable ! Inacceptable ! Il n'y a pas de cause qui justifie le recours à des moyens pareils. Et à partir de là, on peut dire autre chose de plus : l'ethnicisme, le fondamentalisme qu'il soient religieux ou autres, ne tombent pas du ciel. Il y a des acteurs, il y a des stratégies, il y a des moyens. Donc ne faisons pas l'erreur de dire que quelque part, le recours à des moyens pareils serait le résultat de telle ou telle oppression ici ou là. Non, non ! Non, il n'y a aucune excuse. »
[…] « Ceux qui les protègent, ont pris leurs risques ! Par conséquent, s'il est prouvé que tel ou tel Etat a directement contribué à la formation de commandos, qu'ils soient punis derrière ça, c'est quand même le minimum. Nous ne pouvons pas l'accepter ! »
L’indignation cynique
Il est parfois difficile de croire que l’indigné soit tout à fait sincère dans son émotion, pour les raisons qui sont les siennes, comme disent les journalistes TV.
Inversement, celui qui vient de s’indigner vertueusement reste imperturbable dans un autre cas.
Villepin , un grand professionnel
Contexte : le ministre de l’Intérieur B. Retailleau s’insurge contre l’Algérie qui avait refusé par dix fois de reprendre un de ses ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’ OQTF. Celui-ci , resté donc en France s’est rendu coupable d’un meurtre à Mulhouse en février 25. Dominique de Villepin , jugeant que la politique extérieure ne devait pas être croisée avec les problèmes intérieurs, a cru bon de railler Retailleau dans une belle formule qui aura du succès : : «Là, il y a une forme d’amateurisme».
Il est vrai qu’en matière de professionnalisme, Villepin sait de quoi il parle. En 1997, il conseille à Chirac de dissoudre l’Assemblée pour renforcer la majorité – qu’il détient déjà. Beau conseil, belle lucidité. Le parti chiraquien devient minoritaire et Jospin devient premier ministre.
Un expert, on vous dit.
Et alors ?
Imaginons un préfet de Corse ( par exemple) affirmer benoîtement : « Oui, il y a des mafieux dans mon équipe. Ils travaillent bien ».
En 2004, « Peter Hansen, chef de l’agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés de Palestine (Unrwa) [avait] reconnu … que son organisation employait des membres du Hamas : « Je suis sûr qu’il y des membres du Hamas qui émargent à l’Unrwa et je ne considère pas cela comme un crime. Le Hamas, en tant qu’organisation politique, ne signifie pas que chaque membre est un militant et nous ne pratiquons pas l’exclusion politique », a expliqué M. Hansen à la chaîne canadienne CBC ( 6 octobre 2004, Aujoud’hui le Maroc]. < https://aujourdhui.ma/24-heures/israel-onu-vive-polemique-19163
Le cinoche des Césars : le beau et le mauvais rôle
On sait désormais que les stars, après avoir remercié leurs géniteurs, ceux qui les ont payées, leurs collègues, leurs amis, etc. croit avoir quelque chose à dire sur l’état de la société et du monde.
Ainsi le César du meilleur acteur Arieh Worthalter demande, après d’autres people, le « cessez-le-feu à Gaza“. Il est alors, comme les précédents, chaleureusement applaudi. Mais, agité peut-être, par un souci bêtasse de justice, il se laisse aller, dans la même phrase à évoquer la « libération des otages » israéliens du 7 octobre… A ce moment-là succède un silence total. Un peu pesant quand même.
Le public des grandes âmes a l’indignation aussi sélective qu’un jury de professionnels du cinéma. Merci à Sophia Aram dont le billet du 26 février 2024 donne une versio audio dudit silence !
Scier la branche sur laquelle on est assis
« Queers for Gaza » scandent joyeusement, ici ou là, les manifestants, fiers d’exiger en vertu de leur genre proclamé un seul état « from the river to the sea ».
Mais la vie n’est pas tout rose pour les LGBTQ++ en Palestine comme l’écrit Libération du 25 janvier 2024 :
« En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne réprime sévèrement l’homosexualité. Tout comme le Hamas dans la bande de Gaza. En 2016, l’organisation qui a mené le commando terroriste du 7 octobre exécutait l’un de ses propres dirigeants pour soupçon d’homosexualité, comme le révélait The New York Times. A côté, Israël et plus particulièrement la ville de Tel-Aviv avec sa pride
annuelle fait figure d’eldorado LGBT+.
Voir aussi le rapport 2022_2023 d’Amnesty International, p. 371, 372
La déchéance de nationalité, c’est la dèche morale ?
En France, la perte ou la déchéance de nationalité sont fortement encadrées mais suscitent toujours des polémiques assassines dès qu’on les évoque comme l’a bien vu Manuel Valls en 2016.
Par contre les mêmes qui montaient tout armés au créneau dès que l’ombre d’un projet apparaissait restent silencieux quand la pratique de la déchéance est mise en œuvre avec une constance remarquable pas par l’Etat algérien qui refuse de récupérer ses nationaux qui font l’objet d’une expulsion ( OQTF) du territoire français. Ceux-ci sont immédiatement renvoyés en France par avion.
Comprenne qui voudra.
En guise de conclusion
Moi, je dis que…
Les faits comme les arguments, sont comme on l’a vu, secondaires.
Le ressenti est une excellente base pour le ressentiment de l’indigné.
A qui s’adresse « Libérez Gaza » ? A l’armée israélienne qui entend bien le faire pour son propre profit ? Aux militants sous les banderoles ? aux bobos qui combattront jusqu’au dernier Palestinien sans bouger de leurs terrasses ?
Le discours militant est autocentré :il renforce l’union. Quelle autre raison aux tombereaux d’insultes reçus par Mila que le seul plaisir des indignés ?
Simplicité et unité
Outre le sentiment lui-même seuls importent les slogans destinés à être scandés par des milliers de voix : « CRS, SS », « Libérez Gaza », « Elections piège à cons », « Make America great again », « Yes we can », « Le changement, c’est maintenant »…
L’indigné se découvre à l’unisson de la foule, tous unis par la même peur, le même désir ou la même haine. Grand moment de fraternité humaine sur critères préalables.
Avant toute chose, pas de nuances !
Et surtout, aucune concession. Jamais. C’est la ligne à suivre, illustrée par les commentaires de Bompard, Panot, Mélenchon sur les élections américaines du 5 novembre dernier.
La candidate de cœur de LFI, Jill Stein, candidate radicale du Green Party US, a atteint le score de 0,5% des voix. D’où ce commentaire avisé de Mathilde Panot, au lendemain des élections US : « seule une gauche radicale peut véritablement vaincre l'extrême droite ».
Go, go, go ! La victoire est à portée de main.
*
« Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs. » Jean-Baptiste-Louis Gresset, in Les liaisons dangereuses. Lettre 63
C’est vrai qu’ils nous font bien rire, parfois, sans nous faire oublier qu’ils sont capables du pire. Le sot est l’autre face du salaud.
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