Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Eléments de conversation pour briller en société
Publicité
16 février 2021

Assimilation Nos/Vos ancêtres les Gaulois ?

 

aa-1-1000x500

Assimilation

Nos/Vos ancêtres les Gaulois ?

 

 

 

 

Assimilation : dernier mot grossier de la langue française. 

Que le lecteur considère ceci comme une notice pré-nécrologique s’il faut en croire le président  de la République pour qui « la notion très problématique d’assimilation […] ne correspond plus à ce que nous voulons faire » (<L’Express, 22 décembre 20)

Il rejette en effet le principe d’assimilation qui figure encore dans notre Code civil (art. 21-24): « Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la sociétéfrançaises, […] et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ». Le soulignement  signale ce qui est aujourd’hui remis en question…

 Assimilation est aujourd’hui pratiquement abandonné au profit d’autres termes tels que  intégration  ou insertion.

L’idée même est intolérable au regard du respect de l’autre, de sa culture, de ses traditions…L’altérité est ainsi devenue LA valeur absolue, bonne en soi, réalisée socialement dans les diversités de tout ordre (genre, « race », religion, etc.). Voir à ce propos de prochains articles tel que Intersectionnalité,).

 

Le versant lumineux de la force 

L’origine du mot concerne la physiologie. Il s’agit pour un être vivant de rendre la matière qu’il ingère semblable à lui-même. La dévoration qui s’opère à de quoi inquiéter quand le terme est utilisé sur le plan social des relations entre groupes humains. 

Le TLFI donne cette définition : « Processus par lesquels un groupe social modifie les individus qui lui viennent de l'extérieur et les intègre à sa propre civilisation ». Mais ce qui est clair et stable dans le domaine scientifique est plus complexe et fluctuant dans le domaine social. 

 De quoi l’assimilation -gardons la définition du TLFi- est-elle le nom ?

Qu’y a-t-il au départ de ce processus qui permet qu’un individu d’un groupe A devienne membre d’un groupe B ? Montaigne avait déjà répondu en soulignant l’égale dignité de tous les hommes: « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » (Essais, III,2). En ce sens, on  peut lister tous les défauts, réels ou imaginables, de l’assimilation mais on ne peut pas y faire paraître le racisme.

Si Thomas Alexandre Dumas, fils d’une esclave africaine, Marie-Cessette Dumas,  devient général de la République, si Thomas Paine, Anglais et Anacharsis Cloots, Prussien, deviennent députés à la Convention, si Gaston Monnervillepetit-fils d’esclaves est président du Sénat (de 1947 à 1968) , c’est que le processus d’assimilation repose sur cette base que les différences de couleur, de religion, de nationalité… n’existent pas au regard des principes de la République, au premier rang desquels figure l’universalisme qui fait de chaque individu l’égal de son prochain. Dire que la République développe un « racisme systémique » est une construction idéologique et une contradiction dans les termes.

 

La volonté individuelle, la nation, le récit/roman national

 Qu’est-ce qui fait de Cloots, Paine et d’autres  des citoyens à part entière ? Non pas la loi du sang lié au déterminisme des gênes, non pas le droit du sol, attaché au hasard du lieu de naissance, mais la conscience libre de chacun d’entre eux d’adhérer aux idéaux républicains. 

C’est ce que refusent ceux qui tiennent à menotter l’individu à ses origines, ceux qui ricanent en évoquant les écoliers issus de l’immigration réciter (autrefois, quand les instituteurs pouvaient être les hussards de la République) :« Nos ancêtres les Gaulois… » 

Le néo-citoyen reçoit en bloc, avec la même légitimité, que les autres l’héritage historique, culturel de la communauté à laquelle il veut appartenir. L’appropriation culturelle, comprise dans la citoyenneté demandée, est de plein droit : les Gaulois ont des descendants italiens, auvergnats, asiatiques, juifs, africains, normands…

 

L’assimilation suppose, comme le dit la définition du TLFi, un « groupe social ». On adhère à des principes mais on s’assimile à des êtres concrets qui forment la nation. Mot qui fait tousser un certain nombre de gens… lorsqu’il s’agit de la France..

 Il faut s’attarder sur cette notion. Certains y voient une pure fiction : il n’y a pas de nation française, de « francité » tant sont grands les apports humains venus d’ailleurs. D’autres célèbre la pureté d’une « race » qui ne s’acquière que par le sang.

C’est négliger le fait que l’histoire d’une nation est fondée sur des faits historiques mêlés de légendes ou de mythes. L’essentiel est moins la réalité d’un fait historique que l’émotion du groupe qui lit ou écoute La Chanson de Roland, le récit de la victoire de Valmy, de la bataille de Verdun… De l’adhésion à une histoire -ou à un roman- communs naîtra la cohésion du groupe. C’est bien là l’intérêt des « récits de création » (Mircéa Eliade, Mythe et réalité). Avec le temps, souvenirs et rêves se confondent (Hervé Le Tellier).

 Ainsi, venus d’ici, de là-bas, ou d’ailleurs, tous les citoyens constituent la nation, création collective qui ne pratique pas l’amnésie : nous sommes, pour reprendre l’image de Bernard de Chartres « des nains juchés sur des épaules de géants ».  On peut s’en réjouir ou s’en désoler. « Les géants » qui nous ont précédés font partie du baluchon. Il ne s’agit pas, à chaque génération, à chaque arrivée de nouveaux citoyens de jeter par-dessus bord le passé, ciment de la cohésion . 

 Note : Sur la discussion roman/récit national on peut lire Le Monde du 28 septembre 2016. « Roman national », « récit national » : de quoi parle-t-on ? où on constatera que N. Sarkozy et J.-L. Mélanchon ne sont pas si éloignés.

 

Le côté obscur de la force

 L’unité de la nation a été laborieuse, souvent brutale à l’égard des différentes provinces peu à peu soumises au pouvoir royal. 

Brutalité religieuse des catholiques à l’égard des protestants :  Saint-Barthélémy, 1572, révocation de l’Edit de Nantes, 1684. Expulsion des juifs à plusieurs reprises malgré l’ancienneté de leur présence depuis l’époque gallo-romaine < Le Monde Imposition du français comme langue unique par l’école obligatoire (1882) qui interdit aux écoliers de parler la langue de leur région.

A une époque récente, des immigrés européens étaient reçus avec hostilité :  à Marseille, en 1881, pendant trois jours la foule se livra à une  chasse à l’homme  après des sifflets italiens La Marseillaise lors d’un défilé des troupes – un geste considéré comme « un manque de loyauté à l’égard de la nation française », selon l’historien Gérard Noiriel <Le Monde 11 novembre 2016.

 

Assimilation et colonisation

 Au cours de la colonisation du continent africain fut mis en place le Code de l'indigénat  (1881- aboli en 1946) qui fut imposé à l'ensemble des colonies. 

 la population du  Maghreb relevait de l’autorité ottomane dont l’empire s’étendait jusqu’à l’Atlantique ( à l’exception du Maroc). Les territoires conquis par la France auraient pu s’enrichir de nouveaux citoyens mais deux catégories furent instituées : les « sujets français » -les indigènes-, distincts des « citoyens français » qui  étaient soumis  à des règlements coercitifs : taxes diverses, travail forcé, circulation controlée…

En même temps que ces mesures restrictives apparaissaient des critères pointilleux pour qui voulait être naturalisé, comme le montrent les questions posées aux candidats à la naturalisation en Indochine, dans les années 1930 : « S’habille-t-il à la française ? » A-t-il « une politesse française » ? Son habitation « est-elle aménagée à la française (salon, bureau de travail, chambre à coucher, etc.) ? ».< Le Monde

Parallèlement, considérant que le nombre de Français s’accroissait trop lentement, le décret Crémieux naturalisa les « indigènes israélites » d’Algérie (1870). Depuis 1808 les juifs de France avaient reçu la citoyenneté au prix de compromis avec Napoléon Ier< Le Figaro ; Cairn

La loi de 1889 fit de même pour les enfants  d’Italiens et d’Espagnols, immigrés sur ce territoire. Ainsi fut diminuée la part de la population autochtone musulmane par rapport aux citoyens français. C’est évidemment une politique qui ne cherchait pas à construire des liens amicaux avec la population locale.

 

Fin du désir d’unité

Le principe même d’assimilation va être battu en brèche. La fin de l’Empire colonial au prix de deux guerres, en Indochine puis en Algérie, et le soutien  apporté par des partis politiques français à ces mouvements de révolte contre  la France ont bouleversé les idées sur l’assimilation. On assiste à « un éloge croissant de la différence et de la diversité. Deleuze prône le « devenir minoritaire de tout le monde ». Derrida défend une politique de l’hospitalité fondée sur la diversité ». < Le point 7janvier 2021

 Dans les années 80, les syndicats perdent du terrain et avec eux se perd  le creuset de l’assimilation de la main-d’œuvre immigrée au sein de la classe ouvrière.  Les syndicats socialisaient les travailleurs immigrés par des cours du soir en français, une aide à la naturalisation, etc. A la fin du siècle, les mosquées les auront remplacés. Jadis,  le mouvement social catholique avait tenté de pénétrer le mouvement ouvrier pour contrer  la prédominance communiste. Mais l’assimilation n’était pas remise en cause. 

Par ailleurs, l’immigration économique laisse la place à la possibilité d’une immigration de peuplement par le décret d’avril 1976 sur le regroupement familial, sous la présidence de V. Giscard d’Estaing. Ainsi, le droit légitime revendiqué par tout individu à vivre librement selon les principes mêmes de la République, va se retourner contre l’unité de la République.

 

L’intégration

Désormais, avec l’intégration, la société est priée de faire une partie du chemin pour accueillir le nouvel arrivant. « la société majoritaire reste maîtresse des lieux, elle définit les termes du compromis, mais elle se transforme et s’enrichit au contact des immigrés, en adoptant par exemple de nouvelles références musicales ou de nouvelles traditions culinaires, mais surtout en devenant plus cosmopolite. » < Le Monde  Si l’intégration  se réduit principalement à des mélodies et à une société liée par la pizza-merguez-steack-frites-mojito, on se demande où est le problème. Tout ça pour ça ?

L’intégration n’est pas strictement définie. C’est un terme intermédiaire entre deux époques, celle de l’assimilation et celle du multiculturalisme.

Il y aurait ainsi l’assimilation qui contraindrait l’immigrant à venir nu, ayant tout abandonné de son passé pour devenir citoyen et l’intégration qui établirait un équilibre entre celui-ci, ses traditions et l’ensemble culturel auquel il veut adhérer.

C’est faire peu de cas de cet espace de liberté que constitue la sphère privée où l’État ne pénètre pas, tant que les lois sont respectées. Dans cet espace, chacun est libre de vivre selon les traditions de ses ancêtres, ses convictions, ses croyances. Il ne lui a jamais été demandé d’abandonner ses coutumes.

Mais visiblement, il faut aujourd’hui que les opinions, religieuses notamment, se clament sur la place publique. Avec les dissensions que cela peut apporter dans un pays où « on vit comme si Dieu n’existait pas » selon l’expression de Jean-Paul II .< Le Monde, 26 mars 2005. 

Le désir d’unité n’est plus partagé, le sentiment d’appartenance à une unité nationale est tourné en dérision. 

Sans doute, qu’on trouverait ridicule que ces enfants d’Espagnols nés en Algérie et qui avaient reçu automatiquement leur naturalisation se soient considérés français au point de partir pour le front en 1914 et mourir dans les tranchées. Seule une poignée a rejoint l’Espagne, pays neutre  qui ne participait pas au conflit.

Significatifs sont les tweets de la présidente de l’Unef de Lille, Hafsa Askar,  au moment où Notre-Dame brûlait : « Les gens ils vont pleurer pour des bouts de bois. Wallah vous aimez trop l'identité français alors qu'on s'en balek objectivement c'est votre délire de petits blancs. » « Je m'en fiche de Notre-Dame, car je m'en fiche de l'histoire de  France. »

L’Unef s’était désolidarisée et le tweet avait été supprimé. En 2017, elle avait tweeté: « On devrait gazer tous les blancs, cette sous-race. » 

 Point final. Tout est dit.

  

Prochain article : le multiculturalisme

Publicité
Commentaires
Publicité