Lise Meitner timbre

23 Femmes invisibles 

Tu cherches, tu trouves. Je gagne !

 

Le « plafond de verre » auquel se heurtent les femmes ne concerne pas seulement les différences de salaires ou la qualité des postes proposés. Au plus haut niveau de la recherche scientifique, les femmes doivent faire mieux, plus et … féliciter leur supérieur d’être distingué pour le travail qu’elles ont fourni.

 

 

 

 

 

 

 

Voici deux exemples concernant les prix Nobel de chimie et de physique.

 

Lise Meitner vers 1920

En 1944, le prix Nobel de chimie est décerné à Otto Hahn et Fritz Strassmann. Deux chimistes allemands récompensés pour leurs travaux sur la fission des noyaux lourds. Le fait qu’ils aient participé aux recherches nazies sur l’arme atomique n’a pas choqué le jury Nobel. Pas plus qu’il n’a été troublé par le fait que les deux chercheurs étaient en vérité trois.

Le troisième a deux défauts majeurs : elle est femme, elle est juive. 

Lise Meitner est née en Autriche en 1878. Elle attend 1897 pour finir ses études, lorsque les femmes peuvent enfin accéder au doctorat. Elle se rend en Allemagne pour suivre les cours de Max Planck et grâce au soutien de celui-ci devient l’assistante du chimiste Otto Hahn, malgré l’interdiction faite aux femmes de participer aux travaux universitaires. 

Malgré les lois anti-juives, elle doit à sa nationalité autrichienne de ne pas être radiée de l’université. Elle le sera en 1938, quand l’Autriche sera annexée au Reich et devra fuir en Suède. Elle gardera cependant des contacts amicaux avec Otto Hahn.

Hahn et Fressmann font des découvertes fondamentales qui les laissent perplexes si bien que les deux chimistes demandent l’aide de la physicienne dans une lettre de 1938 :

« Il se passe quelque chose de tellement étrange avec les isotopes du radium que nous ne le disons qu'à toi. On peut les séparer de tous les éléments, sauf du baryum. Toutes les réactions donnent le même résultat, sauf une seule, le fractionnement ne fonctionne pas. Nous arrivons toujours à la même conclusion : nos isotopes du radium ne se comportent pas comme du radium, mais comme du baryum. Comme je te l'ai dit les autres éléments sont écartés. En accord avec Strassman, je n'en parle qu'à toi, pour l'instant. Peut-être peux-tu proposer quelque explication fantastique ? [...] Nous devons éclaircir tout cela. Réfléchis de ton côté. Si tu pouvais proposer quelque chose que tu pouvais publier, ce serait comme si nous travaillions tous les trois »

Et Lise Meitner va trouver l’explication qui mènera à la connaissance de la fission nucléaire. Lorsque les deux hommes publient ces travaux dans une revue scientifique, le nom de Lise Meitner, juive et exilée, n’y figure pas.

 Lise Meitner, physicienne qui finira par ses différents travaux à être reconnue par le monde scientifique (elle recevra 21 distinctions internationales) sera proposée trois fois au Nobel de physique. Elle ne l’aura jamais. 

Elle meurt en 1968, militante convaincue de la lutte contre la guerre atomique. Elle avait refusé de participer à l’élaboration de la bombe A, comme le lui avait proposé le président Roosevelt et convertira Otto Hahn à ses idées.

 

 

Jocelyn Bell Burnell

Le prix Nobel de physique 1974 est attribué à Anthony Hewish pour sa découverte des pulsars ( pour les curieux scientifiques, voir Wikipedia et futura-sciences)

Et pourtant, dans le milieu scientifique, tout le monde sait que l’étudiante de l’équipe du professeur Hewish, Jocelyn Bell, est bien l’auteur des recherches.

A l’origine, une petite « saleté » de 5mm, selon l’expression de la jeune femme, apparaissant sur l’immense déroulé papier qui enregistre les vues des télescopes. Le « bruit », caractérisé par une pulsation régulière toute les secondes, réapparaît chaque fois qu’une certaine partie du ciel passe devant le télescope. 

Contre l’opinion d’Hewish, elle continue ses recherches dans un autre laboratoire, retrouve le même signal et trouve trois autres zones du ciel où ces « saletés » produisent un jet d’ondes « comme des phares sur la mer » dit-elle. Il ne peut s’agir d’une erreur humaine, ni d’un défaut du télescope, ainsi que le suggérait Hewish. Un journaliste baptise ces nouveaux objets célestes du nom de « pulsars » (pulsating star). 

Un article paraîtra dans la revue scientifique américaine Nature, article signé par Hewish et parJocelyn Bell, dont le nom n’apparaît qu’en deuxième position.

Elle veut alors faire du pulsar le centre de sa thèse. Hewish s’y oppose. Elle a seulement pu le mentionner dans une annexe.

 Alors qu’en 1974, ses amis étaient en rage et dénonçaient avec humour ce prix « No-Bell », Jocelyn Bell (elle prendra le nom de Burnell après son mariage) n’est pas amère. Elle est heureuse de voir la physique récompensée par un prix prestigieux. Mais elle mesure le chemin qu’elle a dû parcourir depuis sa naissance en 1943 en Irlande du Nord.

Elle raconte : « Dans notre comté, la note réclamée aux filles était supérieure à celle demandée aux garçons, au motif que nous étions plus matures et que nous allions toutes nous marier et cesser de travailler… Mes parents se sont battus, et j’ai pu passer […] Le premier jour du collège, on nous a séparés en deux. Je croyais que c’était pour le sport. Mais non, les garçons allaient au labo de sciences, les filles en cours de cuisine. On a encore protesté. Au cours suivant, nous étions trois filles en physique. Et j’ai eu la meilleure note de la classe. »

En 2005, elle crée une organisation chargée de récompenser les universités qui luttent contre les discriminations de toutes sortes.

 

 

 

Sources 

Lise Meitner : https://www.franceculture.fr/sciences/lise-meitner-et-la-fission-fut

Jocelyn Bell Burnell :  Le Monde, 28 novembre 2018 ( en ligne, réservé aux abonnés !)

 

Pour compléter 

Deux videos sur France Culture  https:  //www.youtube.com/watch?v=BDFPSpwP83s

                                                          https://www.youtube.com/watch?v=DnqvqE2IRr0

 

  sur le prix Nobel et les femmes 

 Sur le sexisme dans le monde des compositeurs/trices : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/femmes-artistes-14-grand-entretien#xtor=EPR-2-%5BLaLettre12022019%5D

Le sexisme en musique

Pour en finir avec le plafond de verre